Admiral Graf Spee

mercredi 11 novembre 2009 par smercier

Avec le Deutchland et l’Admiral Scheer, L’Admiral Graf Spee était un Panzerschiff ou cuirassé de poche. Il fut mis sur cale par les chantiers navales de Wilhelmshaven en octobre 1932 et lancé le 30 juin 1934. Sa propulsion était effectué au moyen de huit moteurs diesel MAN de 6750 chevaux chacun, montés quatre par quatre sur deux lignes d’arbres d’hélice avec réducteurs Vulcan. Il pouvait franchir 10000 miles marins à la vitesse de 20 nœuds. Entré en service en 1936, ce navire disposait d’une ceinture cuirassée de 127 mm maximum et de deux ponts blindés de 38 à 102 mm. Il possédait deux tourelles armées de trois canons de 280 mm, tourelles possédant une cuirasse de 100 à 140 mm. Afin de se protéger des torpilles, les ingénieurs ont imaginé pour ce bâtiment un compartimentage développé et des cloisons étanches. Il est à noter que le concept allemand de "cuirassé de poche" avait été dicté par les restrictions du traité de Versailles imposant à ce pays, entre autre, de ne pas construire des navires d’un tonnage supérieur à 10000 tonnes et supportant une artillerie de plus de 280 mm. Toutefois, grâce à ses puissants moteurs diesel, le Graf Spee possédait un avantage de vitesse certain sur certain navires de ligne alliés, hormis certaines unités telle que le Hood, le "Repulse", le "Strasbourg" et le Dunkerque. De ce fait, le Graf Spee, avec d’autres bâtiments allemands tels que le Deutchland (futur Lutzow), le Scharnhorst et le Gneisenau était parfaitement adapté à la stratégie de guerre de "course" murement imaginée par l’amiral Raeder et l’état major de la Kriegsmarine.

Le Graf Spee, avec sa tourelle de 3 canons de 280 mm

L’Admiral Graf Spee, placé sous le commandement de l’amiral de vaisseau Langsdorff appareilla de Wilhelmshaven le 23 aout 1939, soit plusieurs jours avant la déclaration de guerre, et se rendit dans l’atlantique sud. Tel un corsaire, il commença à écumer la région. Les derniers jours de septembre, il coula 6 cargos britanniques, dont le dernier, l’Ashlea, eut son équipage recueilli sur le Graf Spee avant d’être transféré sur le pétrolier Altmark. Après un court passage dans l’océan indien peu fructueux (un pétrolier coulé), Langsdorff décida de regagner l’Atlantique sud à la recherche de nouvelles proies.

Dans la nuit du 12 au 13 décembre 1939, le Graf Spee croisait au large du Rio de la Plata. Son capitaine avait pour projet en cas d’absence de cibles de mettre le cap le lendemain vers la baie de Lagos. Dès les premières heures de la matinée (5H30), la vigie signala deux mats se détachant sous le soleil du matin. Langsdorff donna l’ordre d’aller à la rencontre de ce qu’il pensait être des navires appartenant à un gros convoi signalé la veille. Quelle surprise pour lui lorsqu’il constata que ce navire n’était autre que le croiseur léger anglais Exeter, accompagné de deux croiseurs, l’Ajax et l’Achilles. Estimant que l’affrontement était inévitable, Langsdorff se rapprocha des croiseurs anglais. Le combat pourrait paraitre déséquilibré...mais il n’en ai rien. En effet, même si les anglais entament ce combat à trois contre un, le Graf Spee possède une artillerie bien supérieure et un blindage très efficace. La portée des canons de 280 mm du Graf Spee ets de 27 kilomètres alors que l’Exeter, , avec son artillerie de 203 mm, n’a une portée que de 23 kilomètres. Ensuite, l’armement secondaire du corsaire allemand peut largement rivalier avec l’artillerie des deux croiseurs légers anglais Achilles et Ajax.

Le croiseur léger Ajax

L’amiral Hardwood, commandant en chef de la petite escadre anglaise, décide de séparer ses bâtiments en deux groupes. L’Exeter seul attaquera d’un coté, alors que l’Ajax et l’Achilles se présenteront ensemble venant d’une autre direction. Le Graf Spee ouvrit le feu sur l’Exeter à 6H17 (il choisit tout d’abord cette cible car il pensait que c’était la plus dangereuse). L’Exeter fut touché dès la troisième bordée et son calvaire ne fit que commencer. A 6h20, l’Achilles et l’Ajax ouvrirent le feu à leur tour et le Graf Spee répliqua avec son artillerie secondaire, réservant le feu de ses tourelles principales contre l’Exeter. La huitième salve du Graf Spee toucha encore l’exeter, mettant hors d’usage une de ses tourelles et tua huit hommes. Les éclats criblèrent la passerelle, qui fut transformée en passoire, détruisant la timonerie et ne laissant que trois officiers vivants, dont le commandant du navire Bell, qui fut tout de même blessé. A ce moment là, la fumée qui s’échappait de l’Exeter était telle que les allemands crurent qu’il s’agissait d’un écran de fumée tiré par le croiseur anglais pour s’échapper. En tout cas, Lansgdorff pensait que s’en était fini de l’Exeter et commença à tourner son artillerie principale contre les deux autres croiseurs britanniques. Ceux-ci furent immédiatement encadrés par des salves et virèrent de bord pour éviter les suivantes. L’Exeter, qui n’était pas encore mort, réussit à tirer trois torpilles contre son ennemi allemand...qui malheureusement virait lentement vers le nord afin d’éviter précisément ce tir de torpilles. Voyant le croiseur anglais Exeter encore à la lutte, le Graf Spee tire de nouveau contre lui et à 6H39, un autre obus touche de nouveau l’Exeter. La cabine des officiers est pulvérisée et l’obus explose finalement prêt d’un canon. Un autre coup au but détruit quant à lui le canon droit d’un tourelle du pauvre croiseur anglais, lui arrachant son blindage et détruisant entièrement son installation. A ce stade du combat, la situation de l’Exeter est compliquée...le navire enfonce de 90 centimètres à l’avant et donne de la bande à 7 ou 10 degrés. Deux de ses tourelles de 203 mm sont détruites. La station radio du navire est hors d’usage. Le téléphone intérieur est coupé. De violents incendies ont éclaté dans le mess principal et les cuisines. Mais malgré tout çà, la salle des machines est intacte et le navire peut garder toute sa vitesse. L’ordre est alors donné au commandant Bell d’éloigner l’Exeter du champ de bataille. Pendant ce temps, l’Ajax a eu le temps de faire décoller son hydravion et cela allait permettre de donner des renseignements précieux aux navires anglais. A 7 heures, le Graf Spee filait 24 nœuds, suivi de prêt par l’Ajax et l’Achilles. Le Graf Spee a quand même reçu 7 coups au but, sans subir cependant de gros dommages...mais Langsdorff a été blessé par des éclats d’obus à deux reprises. Peut-être sous le coup de l’émotion et de ses blessures, Langsdorff pense que le Graf Spee est sévèrement touché. Il décide donc de fuir derrière un écran de fumée. Mais les deux navires britanniques le pourchassent et la canonnade continue. Tout à coup, une forte explosion retentit sur l’ajax...un obus l’avait atteint et un officier canonnier annonçait que les deux tourelles arrière étaient hors d’usage. Le Commodore Hardwood pensant que ses deux croiseurs étaient à cour de munitions, décide alors de décrocher. Langsdorff de son coté, inspecte son navire, et, avec un avis toujours étrange, pense que son bâtiment est sérieusement endommagé. Il décide alors de rejoindre le port neutre le plus proche pour y réparer. Son choix se porte sur le port de Montevideo et le Graf Spee y jette finalement l’ancre le lendemain à 0 heures 50.

Là, ce sera la fin du Graf Spee...En effet, une campagne de désinformation britannique fait croire à Langsdorff qu’une flotte anglaise colossale est en route pour l’Atlantique Sud prête à couler son navire. De plus, Langsdorff surestime les dommages causés à son navire. En fait, il n’y a qu’un croiseur anglais, le Cumberland, en route pour intercepter le corsaire allemand. Se croyant prisonnier, Langsdorff décide de saborder le navire en bais de Montevideo après avoir mis ses marins hors de danger. Langsdorff se suicidera le lendemain. En définitive, le Graf Spee aura coulé neuf navires de commerce anglais seulement...mais les alliés savait maintenant que la bataille de l’Atlantique avait commencé, et qu’elle serait sans pitié.

Le Graf Spee, sabordé dans la baie de Montevideo...

Caractéristiques techniques : Type : Cuirassé de poche Propulsion : 8 diesel totalisant 54000 ch et actionnant deux hélices Longueur : 182 m Largeur : 21,70 m Tirant d’eau : 5 m Vitesse maximale : 28 nœuds Rayon d’action : 18500 km Équipage : 965 hommes Armement : 6 canons (2 tourelles, une à l’avant, une à l’arrière) de 280 mm d’une portée maximale de 32 km avec une élévation de 60°, 8 canons de 150 mm, 6 canons antiaériens de 105 mm, 8 canons de 367 mm antiaériens, 10 mitrailleuses et 8 tubes lance-torpilles de 533 mm Masse projectile : 304 kg pour un obus de 280 mm Autre : Possibilité de catapulter un hydravion

Sources : La seconde guerre mondiale en 8 tomes (Librairies Jules Tallandier et une fiche de navires de guerre (Éditions Atlas)


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