Le De Havilland Mosquito restera l’avion d’intrusion, avion éclaireur ou avion de reconnaissance le plus réputé de la seconde guerre mondiale. Il fera ses premières armes dans les formations de reconnaissance, bien qu’il ait été conçu, à l’origine, comme un bombardier doté d’une vitesse supérieure à celle d’un chasseur (entre 6000 et 7000 mètres d’altitude, le Mosquito était capable de voler dix kilomètres par heure plus vite que le "Focke-Wulf 190"). Maniable comme un chasseur, le Mosquito fera preuve d’une diabolique précision de bombardement, tout en échappant le plus souvent à l’interception. Son taux de perte sera d’ailleurs le plus faible de tout le Bomber Command (un avion pour deux mille sorties). Il participera par exemple au raid sur la prison d’Amiens, qui permettra à plusieurs résistants français d’échapper à la Gestapo. Il participera également à l’opération contre les ateliers de construction Saint-Joseph de Nantes, ou encore à la destruction de sites de tirs de V1. Entre les mains de pilotes du Coastal Command, il pourchassera les unités navales allemandes du golfe de Gascogne aux fjords de Norvège. Équipé en chasseur-bombardier, avec quatre mitrailleuses et quatre canons, il deviendra, avec le "Hawker Typhoon", le prédateur le plus redouté des armées du Reich.

A l’origine, le Mosquito fut développé par Sir Geoffrey De Havilland, un avionneur réputé. Durant l’entre-deux-guerres, il se spécialisa dans les avions légers, mais aussi dans des appareils à records de vitesse ou de vols sur longue distance, dont par exemple le DH 88 Comet Racer qui remporta la course de vitesse Mildenhall-Melbourne, de Grande-Bretagne en Australie. La technique de construction du DH 88 jetait les bases de la conception même du De Havilland Mosquito. C’est au cours de l’été 1938 que De Havilland eut l’idée d’étudier un bombardier rapide (au moins 340 km/h), capable d’emporter trois tonnes de bombes jusqu’à Berlin. Contrairement aux courants de l’époque, De Havilland pensait que ce bombardier ne devait emporter qu’un équipage limité (2 hommes) et un armement défensif léger, ceci afin de limiter le poids de l’appareil. Il décida d’utiliser le bois comme matériaux de construction. De Havilland possédait en effet une longue expérience dans la maitrise de ce matériaux et de plus, l’industrie aéronautique britannique tournant au maximum pour la construction d’avions en métal, il serait plus facile et moins cher de trouver du bois. Enfin, la mise au point d’un prototype en bois pouvait faire gagner un an de développement à la firme. De Havilland soumit son projet à l’air Ministry mais celui-ci fut rejeté. Après l’invasion de la Pologne en Septembre 1939, il retenta sa chance et cette fois-ci, il reçut l’autorisation d’aller de l’avant. Il y eut alors des discussions complexes, qui aboutirent dans un premier temps à l’étude d’un bombardier non armé, capable de transporter 500 kilos de bombes à 1500 miles (2400 km). Mais entre-temps, les autorités changèrent d’avis et réclamèrent un appareil de reconnaissance.

Le projet DH 98 prit alors tournure en quelques mois et fut vite baptisé Mosquito (moustique). Il fut signé un premier contrat pour la livraison de cinquante appareils le 1er mars 1940. Mais l’Air Ministry changea d’avis et demanda 20 bombardiers et 30 chasseurs au lieu des 50 bombardiers demandés. Il fallut faire de profondes modifications des éléments en cours de montage. De plus, l’usine de Hatfield, où l’on montait les Mosquito, fut bombardée par des "junkers 88" et cela produisit encore des retards. Le premier prototype prit l’air le 25 novembre 1940...et dès les premiers essais, l’avion se montra capable d’accomplir des prouesses largement supérieures à celles qu’en attendaient les concepteurs. La remarquable carrière de cet avion de légende pouvait commencer. 7780 exemplaires de ce pur-sang sortiront des usines de montage. Ils seront tous propulsés par des moteurs Rolls-Royce Merlin. quarante versions verront le jour !
Un mécano bichonne un moteur Merlin d’un Mosquito...
Le premier Squadron a touché des Mosquito fut le Squadron 105, en novembre 1941. Le 26 septembre 1942, des Mosquito attaqueront le quartier général de la Gestapo à Oslo avec une précision redoutable. Les Mosquito seront utilisés en haute altitude par temps clair et en rase-mottes lorsque les conditions atmosphériques seront défavorables. Le 30 janvier 1943, des Mosquito mèneront une attaque mémorable sur Berlin. Ce jour-là, le Reichmarschall Göring et le docteur Goebbels devaient tous deux prendre la parole lors d’un rassemblement nazi. Les britanniques décidèrent d’interrompre le discours en faisant intervenir trois Mosquito. La mission fut une totale réussite. Göring, irrité, fit redescendre du front russe deux escadrilles de la Luftwaffe pour intercepter les futurs Mosquito qui feraient irruption sur le territoire allemand. D’autres missions seront affectées aux Mosquito. Ils effectueront par exemple des raids nocturnes de diversion à haute altitude pour tromper la défense allemande sur la destination véritable des attaques du Bomber Command. Ils largueront aussi des feuillets métalliques dans le ciel pour tromper les radars allemands sur la nature exacte des attaques de bombardement de nuit. Ils serviront également à baliser les objectifs des bombardiers lourds au moyen de fusées éclairantes.
Au cours du printemps 1943, 23 Mosquito seront transformés pour transporter une bombe de 4000 livres dite "Cookie". Trois d’entre eux partiront pour Düsseldorf pour montrer de quel bois le Mosquito se chauffe. On construisit aussi une version pressurisée, et une telle installation ne posa aucun problème, même à un avion en bois ! Une autre version fut équipée du système radar H2S sous radôme ventral. Ce système permettait d’établir une série de contre-mesures électroniques et de détecter d’éventuels assaillants. A partir de mars 1944, les Mosquito effectueront des raids sur Osnabrük et Duisburg. En mars 1945, ils participeront également à l’assaut final contre Berlin. Le dernier raid du Bomber Command sera effectué par des Mosquito sur Kiel, dans la nuit du 2 au 3 mai 1945.
Les 4 canons Hispano de 20 mm du Mosquito...
Caractéristiques techniques De Havilland Mosquito Mk VI : Type : Bombardement et reconnaissance Envergure : 16.51 m Longueur : 12.34 m Hauteur : 3.81 m Motorisation : 2 moteurs Rolls-Royce Merlin XXI à 12 cylindres en V de 1460 ch chacun Poids en charge : 10092 kg Vitesse maximale : 611 km/h Plafond pratique : 10050 m Distance franchissable : 2970 km Équipage : 2 pilotes Armement : 4 mitrailleuses de 12.7mm (ou 4 canons de 20 mm sur d’autres versions), 900 kg de bombes
Source : Magasine Spécial La dernière guerre sur le De Havilland Mosquito par Mister Kit et J.P. De Cock, éditions Atlas



