A la fin de la première guerre mondiale, les britanniques sont en pointe dans le domaine de l’aviation embarquée sur porte-avions. Mais ils ne vont pas forcément continuer leurs recherches pendant l’entre deux guerres. Dans les années 20, le "fleet Air Arm" va demeurer le parent pauvre des forces aériennes britanniques. Les budgets vont se réduire. L’Air Ministry va quand même passer commande d’un avion torpilleur embarqué qui soit aussi capable de pouvoir faire des reconnaissances à moyenne portée et du réglage d’artillerie. L’avion doit être bon marché. la firme Fairey se lance dans l’étude et un premier prototype, le Fairey TSR 1, voit le jour. Pour abaisser les couts, on reprend la base existante d’un appareil privé. Ce premier avion, un biplan déjà plutôt âgé pour l’époque, ne donne pas satisfaction et le pilote d’essai manque de perdre la vie plusieurs fois. Le deuxième prototype, le TSR II, avec un moteur plus puissant, un empennage et une aile supérieure modifiés, effectue un premier vol le 17 avril 1934. Et cette fois-ci, les essais sont concluants. Une version "hydravion" est même prévue. La Royal Navy, qui attend cet appareil avec impatience, passe de suite commande de 68 exemplaires, versions avec et sans flotteurs confondues. La production commence en avril 1935 et les premiers exemplaires entrent en service en juillet 1936. Le Swordfish va commencer son histoire.

Le Swordfish est un biplan à simple empennage dont les ailes présentent une flèche arrière, plus accentuée sur le plan supérieur, lequel est d’envergure plus importante. La voilure est repliable pour que l’appareil soit utilisé sur porte-avions. Son train d’atterrissage est fixe, composé de deux roues avant montées sur tubulures de métal profilées et d’une roue des plus simples. L’habitacle de trois places est à l’air libre, seul le pilote placé à l’avant disposant d’un petit pare-brise. A la deuxième place se situe l’observateur. Derrière lui, nous pouvons trouver le radio/mitrailleur. Il sert une arme automatique Vickers GO de calibre 7.7 mm. Initialement, l’avion ne comporte pas de radio et l’équipage communique par porte-voix ! Rapidement cependant, un système radio installé à bord permit une communication par interphone. L’appareil peut embarqué une torpille de 18 pouces (450 mm) pour un poids de 700 kilos. Il peut aussi embarqué diverses charges en bombes ou mines (6 bombes de 112 kg ou deux de 225 kg sous le fuselage et deux de 112 kilos sous chaque aile). L’observateur a une commande de largage des bombes, le pilote également. Les équipages le surnomment affectueusement "stringbag" ou sac de nœuds. L’aspect démodé et archaïque du Swordfish y est pour beaucoup (aussi pour la présence de haubanage entre les deux ailes).
Au début de la deuxième guerre mondiale, 689 Swordfish du modèle MkI ont été livrés ou sont en cours de l’être. Un modèle MKII suivra à partir de 1943. Ce modèle comportera quelques adaptations pour la lutte contre les submersibles (adoption d’une charge offensive de 8 roquettes sous voilure de 27,2 kg chacune). Pas moins de 1300 exemplaires du MKII seront produits. Une troisième version verra également le jour, avec toujours pour soucis l’amélioration de la lutte anti-sous marine. Elle comportera en effet un appareil de repérage radioélectrique de sous-marins, sorte de précurseur du radar. Enfin, une version MKIV verra le jour, la MKIV étant une MKII avec un habitacle fermé. En tout, 2392 Swordfish sortiront des usines de production, avec une fréquence de 15 appareils produits par jour lors des pics de production.

La carrière du Swordfish commence pendant la campagne de Norvèe en avril 1940. les unités du porte-avions Furius qui est envoyé sur place ne remportent aucun succès. Par contre, un Swordfish à flotteur basé sur le cuirassé Warspite coule un sous-marin allemand le 13 avril. Le Swordfish va vite se révéler un avion précieux. Il repère les navires allemands dans les fjords. Après la défaite de la France, cet avion assure des missions de minage de la Manche, ou s’attaque aux préparatifs allemands pour l’invasion de l’Angleterre. Des Swordfish décollent également de Malte. L’avion s’attaque au trafic maritime en Méditerranée et y connait un grand succès. En Méditerranée toujours, le Swordfish montre de quoi il est capable lors de l’attaque de la base italienne de Tarente (voir fiche du navire italien Littorio sur ce site pour une description plus précise de l’attaque de Tarente). A cette occasion, les Swordfish du porte-avions Illustrious toucheront quatre cuirassés italiens, des unités précieuses de la marine italienne qui seront immobilisées pendant plusieurs mois. Des rapports diront que seuls des Swordfish pouvaient mener à bien une telle mission, grâce à leur maniabilité et leur faible vitesse autorisant par exemple l’évitage des filins des ballons ou pour gagner une position correcte de largage. En mai 1941, les Swordfish participeront à la poursuite du cuirassé allemand Bismarck. une torpille d’un Swordfish du porte-avions Ark Royal touchera l’arrière du navire et bloquera à jamais le grand bâtiment (voir fiche descriptive du navire Bismarck sur ce site même pour plus de détails). Par contre, lors de l’opération Cerberus, les trois bâtiments allemands traverseront la Manche alors qu’ils sont attaqués par des Swordfish. Ceci s’explique par le fait que les bâtiments sont escortés et profitent donc d’un barrage de feu de DCA autour d’eux, mais également d’une couverture aérienne basée à terre. On se rend compte à cette occasion de la vulnérabilité des Swordfish lorsque l’ennemi possède des chasseurs en couverture.
L’opéraion Cerberus voit pratiquement la fin de l’utilisation des Swordfish. Il sera cependant apprécié dans la lutte anti-sous marine avec son radar et ses roquettes. Le 24 juillet 1945, l’appareil est déclassé en appareil d’entrainement. Il aura néanmoins été présent du premier au dernier jour du conflit en Europe, ce qui n’est pas si mal pour un biplan !
Caractéristiques techniques : Envergure : 13,87 m (plan supérieur), 12,87 m (plan inférieur) Longueur : 10,87 m Hauteur : 3,91 m Surface alaire : 56,4 m2 Masse maximum : 3406 kg au décollage (2132 kg à vide) Vitesse maximum : 225 km/h Plafond pratique : 3100 m Distance franchissable : 875 km avec charge Moteur : Pegasus IIIM3 de 690 CV ou Bristol-Pegasus 30 de 750 CV Armement : 1 Vickers .303. GO orientable à l’arrière de l’habitacle, 1 Vickers .303 GO fixe dans le capotage avant, 1 torpille de 450 mm de 702 kg, ou une mine A de 680 kg ou environ 680 kg de bombes composés de panachage divers ou huit roquettes de 27,2 kg
Source : Magasine Histoire de guerre n°29, octobre 2002 (Histo presse)



