Après l’appel du 18 juin du général De Gaulle, le combat de la France libre commence. Un noyau de combattant refuse la défaite et rejoint l’Angleterre dans son combat contre l’ennemi allemand. Dans ce noyau figure des pilotes d’avions. Le 7 juillet 1940 sont créées les forces aériennes françaises libres (FAFL). Les FAFL sont engagées sur tous les fronts, de la bataille d’Angleterre (13 pilotes français) à l’Afrique du nord. Entre juin 1940 et juin 1941, le courage ne manque pas à ces pilotes de la France libre même s’il manque du matériel et des volontaires. Pendant cette période, la marche victorieuse de l’Allemagne continue, que ce soit dans les Balkans en avril 1941, en Crète en mai ou lors des batailles en Afrique du nord. Mais un évènement va tout changer...un nouveau front s’ouvre le 22 juin 1941 lorsque la machine de guerre allemande se jette à l’assaut de l’URSS.
Les pilotes de la future escadrille Normandie-Niémen à Rayak, en Libye
Le général Valin, commandant des FAFL, se rend compte de l’importance de ce nouveau front. Il pense que l’engagement des forces françaises libres sur le front de l’est permettrait une meilleure reconnaissance de la France libre. Il en fait la remarque au général De Gaulle qui approuve totalement. On espère pouvoir envoyer en URSS deux divisions légères d’infanterie basées en Syrie ainsi qu’une escadrille de chasse. Mais les britanniques, qui ont extrêmement besoin des deux unités d’infanterie pour combattre Rommel en Afrique du nord refuse de les voir partir sur un autre front. Ne reste donc plus que la solution consistant à envoyer une escadrille. Laquelle ? La France libre dispose à cette époque de deux escadrilles de chasse, L’une est engagée en Angleterre (L’Île de France) et l’autre en Afrique (l’Alsace). Si le projet doit se réaliser, il faut en créer une troisième !
C’est le 19 février 1942 que l’on contacte officiellement les russes pour créer cette escadrille. Des conversations ont lieu entre le général Valin, assisté du capitaine Mirlès et du chef de la mission militaire soviétique à Londres. Les difficultés sont nombreuses. Il faut tout d’abords convaincre les anglais de céder des pilotes précieux dans le combat contre l’Allemagne à l’ouest et en Afrique du nord. Ensuite, en mars 1942, alors que les négociations étaient sur le point d’aboutir, les militaires russes en relation avec Valin et Mirlès meurent dans un accident d’avion. Enfin, il faut créer cette 3ième escadrille. Tout finit par s’arranger progressivement. Mirlès est tout d’abords envoyé à Moscou pour clarifier les choses. Le général Valin quant à lui trouve un terrain d’entente avec les britanniques grâce aux bonnes relations qu’il a avec le ministre de l’air Sir Archibald Sinclair. Enfin, on commence à rassembler des pilotes français isolés dans les unités britanniques. La constitution du groupe de chasse a donc bien avancé quand le commandant Tulane et le commandant Pouliquen en prennent le commandement. Tulane est destiné à conduire l’unité au combat alors que Pouliquen est plutôt chargé de l’organisation. Il ne reste plus qu’à réunir tout le personnel, le point de rendez-vous étant fixé à Rayak au Liban. Tulane va multiplier les entrainements et gagner le respect de ses hommes par quelques démonstrations en vol de sa parfaite maitrise du pilotage. Le groupe s’entrainent sur deux Dewoitine 520...c’est les deux seuls appareils dont ils disposent pour le moment !
Des Yak-1 de l’escadrille...
Le 12 novembre 1942, le départ est donné pour le front de l’est. Le chemin est long pour arriver en Russie. L’escadrille au grand complet embarque dans 3 Dakota américains direction Bagdad. Ensuite, direction l’Iran, voyage de deux jours et demi dans le désert jusqu’à Ahwaz. Ils empruntent ensuite le train jusqu’à Téhéran. Ils seront pendant dix jours les invités d’honneur des ambassades en Iran, mais aussi de la colonie française locale. Pendant ce temps, à Moscou, le 26 novembre 1942, le général Petit signe avec les autorités russes l’accord définitif permettant à l’escadrille numéro 3 baptisée "Normandie" de combattre sur le front russe. Le 28 novembre, l’escadrille embarque enfin pour le territoire russe, direction Ivanovo au nord-est de Moscou. Le plus dur va commencer !
A Ivanovo, les pilotes français sont équipés de pièces d’uniforme russe qui vont leur permettre de lutter contre le froid, Leurs uniformes sont un mélange de veste réglementaire bleue marine de l’armée de l’air française avec une culotte de cheval et des bottes fourrées russes. Ils sont très bien accueillis et bénéficient de repas améliorés, bouilli de graine de millet et parfois saucisse...la vie en Russie est spartiate ! Plus sérieusement, les pilotes doivent maintenant choisir les avions qu’ils devront piloter sur le front. Ils peuvent disposer de modèles britanniques tels le Hurricane ou le Spitifre, ou encore du P-39 Aircobra américains, ou encore des modèles russes disponibles à l’époque. A la veille de Noël, l’escadrille décide d’utiliser le Yak-1 soviétique. Les appareils anglais sont légèrement dépassés par leurs concurrents allemands et le P-39 américain est jugé manquant d’agilité. En attendant l’arrivée des avions, les pilotes s’entrainent sous le regard vigilant de leurs instructeurs soviétiques. Ils volent sur des Yak-7UT1 pour parfaire la cohésion du groupe. Les Yak-1 arrivent le 19 janvier 1943. L’escadrille en possède dix ainsi qu’un biplan U-2 de liaison. Elle continue alors son entrainement pour se familiariser avec l’appareil. Après une pause de récupération passée à visiter Moscou, le grand moment tant attendu arrive le 20 mars 1943...les inspecteurs de la chasse soviétique viennent évaluer les pilotes. Ils sont enthousiasmé par les français qui réussissent les différentes manœuvres avec brio. Dès les 22 mars, le groupe "Normandie" est opérationnel et les 14 appareils sous les ordres de Tulane décollent d’Ivanovo pour le front, direction Plotni Zavod à 600 km au sud.



