L’évasion de Mussolini

jeudi 17 septembre 2009 par smercier

Au palais de Venise, à Rome, le silence est pesant en ce 26 juillet 1943. Tout le monde regarde le fauteuil doré, fauteuil couronné de lauriers...ce fauteuil, c’est celui de Benito Mussolini. Il est assis là le Duce, et il est mis en accusation par le grand conseil qui vient de voter : Oui, 19 voix, Non 8 voix, Abstention 1. On l’accuse d’avoir amené l’Italie à la guerre, d’avoir amené l’Italie à la ruine, de s’être allié à Hitler. Mussolini a les traits creusés et on peut lire une immense lassitude sur son visage. Il entend l’ordre qui doit conduire à son éviction sans mots dire. Puis, dans un dernier salut fasciste, il quitte le conseil et retourne chez lui à sa résidence, la villa Torlonia où l’attend sa femme Rachelle. Arrivé là, il raconte ce qu’il s’est passé à sa femme : "Tu les as fait arrêter" lui dit-elle ? Il secoue la tête : "Non, je le ferai demain".

Le lendemain, comme si de rien n’était, il reçoit l’ambassadeur du Japon le matin, puis, il apprend que le roi Victor Emmanuel III l’attend vers 17H, à la villa Savoia. Mussolini pense encore que le roi va le sauver. Il pense en effet que le roi se souviendra que lui, Mussolini, lui a sauvé son trône à l’époque où ses camarades fascistes le poussaient à proclamer la république. Un peu avant 17H, Mussolini reçoit un coup de téléphone de la villa royale. On le prit de venir rencontrer le roi en costume civil, ce qu’il fait sans commentaire en passant un complet veston et en se coiffant d’un chapeau de feutre noir. Pendant ce temps, ce que ne sait pas le Duce, c’est que la machine à le broyer est en marche. Le roi, averti des résultats du conseil, est d’accord avec celui-ci. Il veut se séparer de Mussolini et désigner comme successeur le général Badoglio. Une demi-heure avant l’arrivé du Duce, l’ordre est donné au général Cerica et cinquante carabiniers d’arrêter le dictateur à la villa royale après son entrevue avec le roi.

Mussolini se présente bien à la villa à 17H. Après quelques bavardages d’usage sur la chaleur du jour, Mussolini prend la parole et explique que le vote du grand conseil est sans importance. là, le roi Victor Emmanuel l’interrompe. Pour lui au contraire, c’est de la plus haute importance ! Il fait alors un petit résumé de la situation catastrophique du pays et de la haine qu’ont maintenant beaucoup d’italiens contre lui. Heureusement, le roi précise que Mussolini n’a rien à craindre pour sa sécurité personnelle, mais qu’il doit dorénavant démissionner. Mussolini, soudain prit de vertige, prononcera trois fois la phrase : "Tout est fini". Mussolini tente bien une ultime plaidoirie, mais rien n’y fait. Et puis, il est un peu résigné. Il quitte le roi en souhaitant bonne chance à son successeur. L’audience est achevée. Le roi le raccompagne sur le pallier. Là, un carabinier s’avance vers lui : "Duce, vous êtes en danger, veuillez me suivre...". Mussolini refuse tout d’abord disant qu’il a sa propre escorte. Va t’il se rebeller à cet instant ? Non, il suit finalement l’ordre qu’on lui intime...et il monte dans une ambulance qu’on a garée spécialement pour le transporter. L’ambulance démarre.

A 18 heures, l’ambulance arrive dans la caserne des élèves officiers carabiniers. On le laisse seul dans le bureau. Il refuse de manger et parait si pâle qu’on fait même appeler un médecin. A 22H45, le speaker de la radio annonce que le roi a accepté la démission de Mussolini et que Badoglio lui succède. Dans les rues d’Italie, on chante, on crie sa haine contre le Duce. L’Italie fasciste la veille explose de joie. L’ancien dictateur passe deux jours dans cette même pièce, la plupart du temps allongé sur un lit de camp.

Ensuite, on le déplace successivement sur différentes îles. Il atterrit en autre sur l’île de la Maddelena, au nord de la Sardaigne. La villa dans laquelle il réside est complètement encerclée de carabiniers. Il s’y ennuie profondément, sauf peut-être quand il reçoit vingt-quatre volumes de Nietzsche envoyés par Hitler. Mussolini est totalement coupé du monde. Le 28 août, tôt le matin, il quitte cette île isolée, destination les Abruzzes, au Campo Imperatore, à 2112 mètres d’altitude. Il reste au pied du téléphérique du 28 au 6 septembre, jour où on lui annonce qu’il va prendre le téléphérique pour monter à l’hôtel ou Campo Imperatore. Là, il est surveillé sans relâche. Il y passe le temps comme un vacancier. Sa seule distraction, ses repas dans sa chambre, repas légers car il a un ulcère. On a mis à sa disposition un poste de radio et il apprend comme çà que le 8 septembre, un armistice vient d’être signé entre l’Italie et les alliés. Les vainqueurs alliés ont imposé aux italiens qu’ils leur remettent Mussolini. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir l’ancien Duce, les allemands veulent aussi le récupérer.

L’hôtel Campo Imperatore, au Gran Sasso

En effet, Hitler est décidé à faire évader son allié italien. Il confie au général Student, chef des parachutistes, et à Skorzeny, capitaine de l’armée à qui l’on confie des missions de sabotage et d’espionnage. Première mission pour ces deux hommes : Où Mussolini se trouve t’il ? Tout d’abords, Skorzeny et les services secrets allemands apprennent que l’ancien dictateur se trouve sur l’île de Madalena. On décide donc qu’un commando SS débarquera sur l’île pour délivrer le Duce. La date est fixée au 27 Août. Mais catastrophe, on apprend le 25 que Mussolini a été déplacé ! Finalement, les services secrets allemands interceptent un télégrammes adressé au ministère de l’intérieur italien...le Duce est au Gran Sasso. Très vite, on arrive à se dire que Mussolini pourrait bien être au Campo Imperatore. Skorzeny survole donc la station et se rend compte qu’un grand nombre de soldats italiens s’y trouvent. Mussolini y est très probablement ! Un plan est alors établi pour le délivrer. On va faire atterrir des planeurs tout au tour de l’hôtel, ainsi qu’un petit avion de liaison allemand, un "Fiseler Storch" (voir fiche dans la rubrique avions). Un autre Fiseler Storch atterrira dans la vallée pour emporter le Duce car on juge dangereux de faire décoller l’avion avec Mussolini d’en haut car le terrain est cour pour ce genre de manœuvre. Que dirait Hitler s’il arrivait quelque chose au Duce ! L’attaque est prévue pour le 12 septembre.

Le 12 septembre, à 13 heures, les planeurs décollent, douze exactement. En route, quatre se perdent, dont celui du commandant du groupe, le lieutenant Heindereich. Skorzeny décide alors de prendre le commandement. A 14 heures, les planeurs survolent le Campo Imperatore...les amarres sont largués. On avait repéré prêt de l’hôtel une prairie parfaitement plate, c’est là que les planeurs devront atterrir. On approche de la prairie. Mais soudain, le pilote se rend compte que la pente de cette prairie est fortement inclinée ! Qu’à cela ne tienne, on atterrira quand même ! Tout le monde s’accroche et tous les planeurs se posent, à l’exception d’un qui se fracasse au sol. Les allemands se jettent dehors et se précipitent dans l’hôtel. Les italiens ne réagissent pas, un membre du commando étant italien et faisant croire que tout est prévu et normal. Skorzeny fonce vers la chambre du Duce...et il le rencontre là, avec une tenue débraillée et pas rasé depuis plusieurs jours. : "Duce, c’est le Fuhrer qui m’envoit, vous êtes libre !".

Que faire maintenant ? Un petit avion Fiseler Storch s’est bien posé dans la vallée, mais il a cassé son train d’atterrissage. On pense alors emmener Mussolini jusqu’à l’aérodrome d’Aquila où on pourra l’embarquer dans un Heinkel qui l’attendrait. Mais impossible de joindre l’aérodrome par téléphone. En revanche, un autre petit avion allemand a réussi à atterrir sur la prairie prêt de l’hôtel...Un décollage de cette petite piste est dangereux. On hésite. Puis finalement, on décide que Mussolini partira dans cet avion ! Tout le commando se met à préparer un morceau de terrain de soixante mètres de long en déplaçant les blocs de rochers qui pourraient gêner. Mussolini accepte et monte alors avec le pilote dans l’avion. Skorzeny veut lui aussi monter...le pilote proteste ! Skorzeny doit bien peser 100 kilos et cela fera trop de poids pour l’avion. Mais qu’importe, Skorzeny insiste et l’avion se place en début de cette pseudo piste. Le Storch prend alors de la vitesse, arrive en bout de piste...et décolle d’un coup juste avant le précipice !

Mussolini et Skorzeny, juste avant le décollage du Storch

L’avion amènera Mussolini jusqu’à Rome. De là, on partira pour Vienne, puis Munich où Mussolini retrouvera les siens (sa famille a également été récupérée par un autre commando). Le lendemain, il rencontrera Hitler en Prusse-Orientale. Hitler, visiblement ému, le convaincra de reprendre le combat en créant une république fasciste en Italie du nord. Au bout de la route, pour Mussolini, on trouvera la mitraillette du capitaine Valerio puis la pendaison la tête en bas sur une place de Milan.

Source : "Alain Decaux raconte volume 2" Édition Perrin".


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