La bataille d’Angleterre

mardi 15 décembre 2009 par smercier

Durant dix semaines angoissantes de l’été 1940, tous les britanniques eurent les yeux rivés sur le ciel d’Angleterre dans lequel se jouait le destin de cinquante millions d’hommes. En effet, Hitler avait le projet d’envahir la Grande Bretagne et la suprématie aérienne devenait alors la clé du succès. Son opération "Lion de mer" ne pouvait réussir que si la Luftwaffe avait la supériorité aérienne au dessus de la Manche. Sans supériorité aérienne, la flotte d’invasion allemande ne pourrait traverser la Manche pour mener à bien son invasion. En effet, couverte par la RAF, la Royal Navy aurait beau jeu d’écraser les faibles moyens de la Kriegsmarine. Inversement, sans protection des chasseurs de la RAF, les bâtiments de la Navy deviendrait autant de cibles pour une Luftwaffe maîtresse du ciel. La bataille d’Angleterre fut, comme le déclara Winston Churchill, l’heure de gloire du peuple britannique. Cette bataille allait être un premier tournant dans la seconde guerre mondiale.

Des pilotes de Hurricane de la RAF font une pause avant une nouvelle mission.

Avec l’effondrement de la France pendant la campagne de mai-juin 1940, l’Allemagne pouvait dorénavant utiliser tous les aérodromes de la cote atlantique et de la mer du Nord, et ainsi aligner 2800 avions de tout type (environ un tiers de chasseurs, le reste des bombardiers bimoteurs, des chasseurs bombardier Me 110 ou des "Stuka"). Pour la défense du territoire britannique, le général Sir Hugh Dowding pouvait, de son coté, aligner 650 avions de chasse, des "Spitfire", des "Hurricane" et même quelques vieux "Defiant". Cette flotte de chasseurs était répartie en 59 "Squadrons"" de 12 avions (plus 4 en réserve) avec 25 pilotes. Dans la terminologie britannique de l’époque, une escadrille s’appelait "Flight" et comportait trois patrouilles ou "sections" de deux avions, soit six appareils. Les "Squadrons" étaient appuyés par des unités de défense antiaérienne, des barrages de ballons, des postes de guet et même une chaine de radras cotiers. L’action de toutes ses forces étaient coordonnée par un commandement unifié. De son coté, Goerïng, certain du succès de sa flotte d’avions, se préparait, tout comme en France et en Pologne, à écraser la RAF. La bataille d’Angleterre pouvait commencer !

Une escadrille de Spitfire en formation...l’avion va s’avérer très efficace...

Hitler prévoyait de lancer l’opération "Lion de Mer" le 15 septembre 1940. Dans sa directive n°17, datée du 1er août, il ordonna à la Luftwaffe d’écraser l’aviation anglaise avec tous les moyens à disposition. La bataille commença le 10 juillet, même si pendant l’opération de Dunkerque, il y eu déjà des combats au dessus de la ville. A ce titre, la RAF ne se risqua pas beaucoup au dessus de Dunkerque pour protéger le rembarquement des troupes, mais le peu de sorties qu’elle effectua lui prouva que ses avions Spitfire et Hurricane pouvaient rivaliser avec les Me 109 et Me 110 allemands. Dès le 10 juillet donc, la bataille commença par une attaque allemande systématique du trafic maritime dans la Manche. Les installations portuaires étaient également visées et, à ce tire, Portsmouth fut bombardé pour la première fois le 11 juillet. Le 8 août, 257 avions allemands attaquèrent en vagues successives un convoi près de Weymouth, coulant sept navires.

Bombardiers allemands Dornier en route vers l’Angleterre.

Les flottes aériennes allemandes (le Luftflotte n°2 basée aux Pays-bas et dans le nord-est de la France, la n°3 dans le nord-ouest de la France et la n°5 en Scandinavie) devaient commencer l’élimination de la RAF le "jour de l’aigle", fixé au 11 août 1940. Selon les estimations de Goerïng, quatre jours devient suffire pour obtenir la maitrise du sud de l’Angleterre. Hitler nourrissait peut-être encore le secret espoir de faire signer la paix aux Britanniques en leur faisant une démonstration de force. En réalité, l’échec relatif lors des premiers affrontements de la bataille d’Angleterre encouragea Churchill à poursuivre.

Le 11 août, l’offensive ne put être lancée à cause d’une météo capricieuse. Portland et Douvres furent cependant attaqués. Le 12, la météo s’avéra à peine meilleure ; Cependant les bombardiers furent à même d’infliger des dommages sur divers aérodromes du Kent et de mettre hors service la station radar de Ventnor dans l’île de Wight. Au total, cinq stations radar furent attaquée avec des résultats divers. Le jour de l’Aigle devient finalement une réalité le 13 août. 1485 appareils allemands décollèrent en vrombissant et se dirigèrent vers les aérodromes de la RAF avec l’intention de détruire les appareils anglais au sol. Mais, un message radio adressé à l’escorte de chasseurs allemands les informa que les raids avaient été annulés et ils rentrèrent à leur base. Cependant, personne n’informa les bombardiers qui continuèrent sans protection et la RAF abattit 45 appareils pour une perte de seulement 13 avions de chasse (6 pilotes furent sauvés). Le maréchal Goerïng fit croire à ses hommes que 30 aérodromes et usines avaient été détruits et 300 chasseurs anglais mis hors de combat. Le 15 août, la luftwaffe réalisa sept attaques massives. En premier lieu, 40 Ju-87 (Stuka) s’en prirent au Kent, puis 65 "Heinkel 111" escortés par 35 chasseurs bombardiers Me-110 venant de Norvège frappèrent le nord de l’Angleterre, suivis pa 50 Ju-88. L’est de l’Angleterre souffrit également ; Le Kent subit une nouvelle attaque plus tard dans la journée. Enfin, en début de soirée, 80 bombardiers frappèrent des aérodromes dans le sud. Ce jour-là, la Luftwaffe totalisa 2000 sorties et le 15 août restera le jour de "la grande frottée". Une autre attaque massive sur les aérodromes du sud de l’Angleterre, le 18 août, couta 71 avions à la Luftwaffe, contre 27 à la RAF. Les pertes allemandes étaient, chaque jour d’offensive, extrêmement sévères. Un as de la guerre, Adolf Galand raconta : "Goerïng vient en inspection et nous insulta pendant une heure". L’état -major de la Luftwaffe commença à douter de sa stratégie. Malgré la destruction complète de la station radar de Ventnor, dont heureusement Goerïng ne réalisa pas pleinement l’importance, les allemands se persuadèrent que ces installations étaient difficiles à localiser et à mettre hors service. Aussi commencèrent-ils à concentrer leurs attaques sur les aérodromes et les usines aéronautiques du sud de l’Angleterre, ce qui était en soit une très bonne idée. La première phase de la bataille d’Angleterre se soldait à l’avantage des anglais. Les allemands avaient perdus au total 363 appareils contre 181 pour les anglais. De plus, les anglais savaient maintenant que leurs chasseurs pouvaient rivaliser avec leurs homologues allemands. Les Me-110,chasseurs-bombardiers relativement lourds, ne pouvaient rivaliser avec les Spitfire anglais. Quant aux Me-109, ils étaient certes très maniables mais leur rayon d’action trop faible les pénalisaient considérablement alors que les anglais combattaient sur leur sol et pouvaient en cas de perte d’un avion récupérer le pilote si celui-ci avait eu la possibilité de sauter en parachute. Néanmoins, le Fighter Command était en proie à de sérieuses difficultés. En effet, la production d’avions ne suivait plus. Elle n’était guère que de deux ou trois Hurricane et Spifire par jours. En remplacement des pertes, seulement 170 appareils avaient été livrés. en plus, les pilotes commençaient à manquer aussi. On en avait formé que 63 pour compenser les 154 tués au combat, et ce malgré l’accueil des volontaires du Commonwealth et de l’Europe occupée.

Des pilotes allemands révisent leurs tactiques...

Entre le 24 août et le 6 septembre, la Luftwaffe effectua 33 raids majeurs. La RAF perdit 290 appareils et prêt d’un quart des 1000 pilotes avaient été blessés ou tués. Les pilotes de remplacement étaient certes courageux, mais totalement inexpérimentés. Ce fut le moment où les défenses aériennes britanniques furent les plus faibles. Si Goëring avait continué avec cette tactique d’attaque des aérodromes et des usines d’avions,il aurait peut-être remporté la bataille d’Angleterre. Mais les anglais bombardèrent les villes allemandes, ce qui mit le haut commandement allemand dans une rage folle. Hitler leva son ordre d’interdiction de bombarder Londres. Goëring changea ses plans et ordonna des raids de bombardement en masse contre la capitale anglaise. Ce fut une grosse erreur et l’Allemagne donna ainsi un répit à la RAF qui put pendant ce temps là reconstituer ses forces.

La bataille est terrible pour les allemands. Les pertes sont lourdes. Ici, un Me 110 abattu...

Le premier raid aérien en masse eut lieu le 7 septembre quand 650 bombardiers lachèrent plus de 670 tonnes d’explosifs sur les quais de Londres, tuant 458 civils. Les bombardements atteignirent leur point culminant le 15 septembre, quand plus de 1000 bombardiers soumirent la capitale à un terrible raid. Ce raid couta cher aux allemands qui perdirent 56 appareils. Ils décidèrent à partir de là de bombarder les villes britanniques la nuit. Ces bombardements constituèrent ce que les britanniques appelèrent le "blitz", expérience terrifiante pour la population civile qui se cachait dans les abris anti-aériens creusés dans leurs jardins, ou dans les abris plus profonds que constituaient les stations métro. Pendant ce temps, l’opération Lion de mer, initialement prévue le 15 septembre, avait été repoussée au 21. Donc, même si cette invasion était repoussée , la bataille d’Angleterre n’en était pas moins terminée. Comme les allemands survolaient plus profondément le territoire britannique, les avions du 12ieme groupe basé dans le nord de l’Angleterre pouvait maintenant intervenir en renfort. Mais, Hitler commença à en avoir assez. L’hiver s’annonçait avec son temps moins clément, et le 17 septembre, il remit l’opération lion de mer aux calendes grecques. La bataille d’Angleterre était gagnée, et la menace d’une invasion éliminée, mais les bombardements d’intimidation continuèrent, amenant les civils anglais sur la ligne de front pendant presque toute l’année 1941. Un total de 43000 civils périrent pendant les raids sur les villes anglaises. Cela constitua un tribu sanglant, vengeant en partie l’échec de la Luftwaffe qui ne parvient pas à briser la détermination et la résistance de la RAF et du peuple britannique.

Source : 50 batailles, de Valmy à Krajina (Tim Newark) et le fascicule images de guerre 1939/1945, collection Marshall Cavendish


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