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L’objectif principal pour les japonais, en ce mois de mai 1942, était la prise de l’atoll de Midway, à 1100 milles à l’ouest d’Oahu. La prise de cet atoll repoussait suffisamment vers l’est la frontière dans le pacifique et permettrait au Japon d’avoir une base bien placée au centre du Pacifique pour contrer toute menace américaine sur la terre sacrée. L’objectif était aussi, selon l’amiral Yamamoto, de pouvoir couler la flotte américaine restant après Pearl Harbor et de pouvoir signer une paix avantageuse.
Bombardiers en piqué Dauntless alignés sur le pont de l’Enterprise
Pour cet objectif, l’amirauté japonaise prévoyait un plan compliqué, comme la plupart de ceux que dressait le haut commandement nippon. Il fallait, dans un premier temps, attirer une partie des forces américaines vers les iles Aléoutiennes grâce à une petite flotte composée des porte-avions Ryujo et Junyo. On espérait que l’amiral Nimitz y détacherait une partie de sa flotte. Ensuite, les quatre porte-avions lourds de la force principale de l’amiral Nagumo, l’Akagi, le Kaga, l’Hiryu et le Soryu accompagneraient les troupes de débarquement en pilonnant l’ile avec leurs avions embarqués. Pour compléter le dispositif, deux hydravions devaient se positionner entre le 31 mai et le 3 juin sur l’île Frégate-Française, située à 500 milles au nord-ouest des Hawaii, où il trouveraient un sous-marin ravitailleur et d’où ils effectueraient des patrouilles de surveillance sur Pearl Harbor. Deux rideaux de sous-marins devaient en outre surveiller les alentours de Pearl Harbor.
Le plan de Yamamoto, complexe, comprenait quelques failles. Yamamoto pensait que Nimitz ne ferait sortir sa flotte qu’à l’annonce de l’attaque de Midway. En fait, Spruance et Fletcher, avaient, à l’insu des japonais, pris la mer avant que le dispositif de sous-marins soit mis en place. De plus, les hydravions ne purent atterrir prêt de l’île Frégate-française car celle-ci était désormais occupée par les américains. Nimitz, qui connaissait dans les grandes lignes le plan de Yamamot, s’était contenté d’envoyer aux Aléoutiennes qu’une force minimale de cinq croiseurs et dix destroyers. Il n’était pas tombé dans le piège.
Le 28 mai, les flottes japonaises quittèrent leurs mouillages avec grande confiance. Les japonais sortaient de plusieurs mois de campagnes victorieuses. Entre-temps, le 2 juin, Spruance et Fletcher avaient fait leur jonction et Fletcher prit le commandement des deux escadres. Elles comprenaient entre autre trois porte-avions, l’Enterprise, le Hornet et le Yorktown . Aux heures de la nuit du 3 au 4 juin, on se livrait aux mêmes activités sur les deux flottes de porte-avions, à savoir la préparation des vols de reconnaissance du lendemain. Cependant, on se préparait également du coté japonais à bombarder Midway (36 bombardiers torpilleurs "Kate" armés de bombes de 800 kilos, 36 bombardiers en piqué "Val" avec des bombes de 250 kilos et 36 "zéros" d’escorte). A 4H45, tous ces avions décolèrent vers Midway. A 5H20, un hydravion de reconnaissance américain repéra la flotte nippone. A 5H34, la radio de Fletcher reçut le message suivant : "Porte-avions ennemis en vue". Elle était située à 200 milles à l’ouest-sud-ouest du Yorktown. La task force 16 de Spruance (Hornet + Enterprise) s’en alla vers le sud-ouest tandis qu’on sonnait le branle-bas de combat sur les porte-avions. Les pilotes faisaient chauffer les moteurs des bombardiers.
Le contre-amiral Spruance
Sur l’île américaine, les radars détectèrent l’escadre aérienne japonaise et tous les chasseurs américains disponibles décolèrent pour l’intercepter. Les chasseurs étaient surtout composés de vieux avions Brewster "Buffalo" très inférieurs aux zéros nippon. Ils succombèrent vite mais abattirent quand même quelques bombardiers. Les nombreux survivants japonais continuèrent leur vol pour bombarder les réservoirs de carburant, les hangars d’hydravions et la centrale électrique. L’escadre aérienne japonaise rentra sans encombre sur ses porte-avions. Comme les japonais n’avaient encore repéré aucune flotte ennemie, il fut décidé, à 7H15, de préparer une deuxième vague pour bombarder Midway de nouveau. Beaucoup d’avions furent donc équipés de bombes, et non de torpilles. A 7H28, Nagumo reçut un message d’un de ses avions de reconnaissance : "Flotte ennemie en vue à 240 milles de Midway". Y avait-il des porte-avions dans cette flotte ? Auquel cas, il fallait faire charger les bombardiers de torpilles...réponse à 7H58 : "cinq croiseurs et cinq destroyers". Soulagement donc du coté japonais, pas de porte-avions en vue ! Au même moment, la flotte japonaise est attaquée par des avions américains venus de Midway. Les zéros décollent pour les intercepter...un ennemi qui ne mit pas un coup au but pour l’instant.
A 7 heures, Spruance accepta le risque de lancer l’attaque pour surprendre les japonais. Tous les avions disponibles de ses deux porte-avions prirent l’air. Une heure entière étaient nécessaire pour lancer les avions, sachant que les premiers qui avaient décollé attendaient les autres. Cette force d’assaut comprenait 27 bombardiers en piqué "Dauntless", 29 avions torpilleurs "Devastator" et 20 chasseurs "Wildcat". Les avions torpilleurs n’avaient pas encore décollé que Spruance, à la vue d’un avion de reconnaissance japonais qui lui tournait autour, comprit qu’il ne pouvait attendre l’envol de tous les avions pour lancer l’attaque. Il demanda donc aux bombardiers en piqué de partir de suite. Tous se dirigèrent vers l’endroit où le flotte de Nagumo devaient se trouver...mais elle s’était déroutée au nord-est pour se rapprocher de l’ennemi. A court d’essence, certains bombardiers regagnèrent les porte-avions et d’autres se reportèrent sur Midway. Les chasseurs eurent moins de chance et furent obligé d’amerrir les uns après les autres. De leur coté, deux escadrilles de bombardiers torpilleurs partis plus tard, avaient vu de la fumée à l’horizon au nord et s’étaient dirigées vers elle...c’était les porte-avions japonais !
Les bombardiers torpilleurs et six "Wildcat" furent accueillis par une foule de zéros qui abattirent un bon nombre de ces lourds bombardiers torpilleurs "Devastator". Les "Devastator" ne se sacrifièrent pas pour rien...coup de chance, les avions du Yorktown, qui avaient décollé soixante quinze minutes après celle de la taskforce 16, se retrouvèrent au dessus des porte-avions japonais en même temps ! C’était des bombardiers en piqué...35 en tout ! Ils fondirent en un rugissement de moteur si caractéristique et larguèrent leurs bombes sur les porte-avions nippon couverts d’avions rangés, prêts pour le décollage. Deux bombes pénétrèrent l’Akagi, faisant exploser les torpilles dans le hangar...en quelques secondes, le porte-avions n’était plus qu’un amas de tôles incandescentes. D’autres bombardiers en piqué se concentrèrent sur le Kaga qui reçut quatre bombes. Une de celle-ci fit sauter un camion d’essence qui provoqua un rideau de flamme tuant tout le monde sur son passage, y compris le commandant du navire. Le Kaga était en perdition et il fut décidé de transporter le portrait de l’empereur sur un destroyer (rigoureuse étiquette de la marine impériale). Le Soryu eut le même sort. L’Akagi survécut tant bien que mal quelques heures où on lutta pour le sauver. Il fut décider de l’abandonner à 17h15 et il fut torpillé dans la foulée par un destroyer. A 16h40, il en fut de même pour le Kaga. Quand au Soryu, son sort fur le même...son commandant Yanaginoto décida de s’immoler avec son navire qui sombra à 19H13.
Équipe de réparation s’affairant sur le pont d’envol en bois du Yorktown après la première attaque des bombardiers en piqué japonais
Derrière les trois porte-avions japonais en flamme, l’[Hiryu était resté en arrière de la flotte. Il envoya 10 avions torpilleurs et 6 zéros attaqué les américains. Six d’entre eux trouvèrent le Yorktown et l’attaquèrent. Ils réussirent plusieurs coups au but ce qui immobilisa temporairement le porte-avions. Le porte-avions touché put cependant repartir à la vitesse de 20 nœuds. Une autres escadrille d’avions japonais, des "Kate" lâchèrent à leur tour leurs torpilles sur la porte-avions. 2 torpilles touchèrent le porte-avions ce qui provoque bientôt une gite de 25° du navire. A 15h, l’ordre d’évacuer le navire fut donné. Entre temps, à une cinquantaine de milles au nord-est, les bombardiers de la Task Force 16 de Spruance se vengeaient et quatre bombes touchèrent l’Hiryu. A 2H30 le lendemain matin, ses destroyers le coulèrent.
La flotte impériale, voulant continuer le débarquement sur Midway, ne se rendit compte que le 5 juin du désastre. La flotte nippone abandonna alors la partie. Elle venait de perdre 4 porte-avions lourds et des escadrilles expérimentées. La marine japonaise ne s’en remettra pas...
Sources : La deuxième guerre mondiale, 8 tomes (Librairie Jules Tallandier)



