La bataille de Stalingrad est une des plus célèbres batailles de tous les temps. Elle marquera un tournant dans la seconde guerre mondiale. Stalingrad, théâtre des combats les plus âpres de la guerre, marquera la résistance et le début de l’offensive soviétique. Cette offensive ne devait s’arrêter qu’à Berlin en avril 1945 !
Jusque là, dans l’immense affrontement opposant l’Allemagne nazie à l’Union Soviétique, les deux dictateurs Staline et Hitler avaient cru que leurs propres volontés politiques suffiraient à apporter la victoire à ses armées. Staline, qui avait, pour assurer son pouvoir, affaibli considérablement son état major lors de vastes purges, se rend compte, peut-être, qu’il a fait une erreur et décide pour la bataille de Stalingrad de laisser le commandement à l’un de ses généraux, Joukov, et de le laisser diriger sans intervenir. Hitler, quant à lui, enivré par ses victoires du début de guerre, considérait qu’il était le seul à pouvoir conduire l’armée allemande vers l’offensive alors que ses généraux étaient selon lui trop timorés. Pendant la bataille de Stalingrad, une grande partie des décisions stratégiques vinrent donc de lui.
Des soldats allemands, en route vers l’offensive dans la ville de Stalingrad.
Au début de 1942, la Wehrmacht était encore très puissante. Certes, elle venait de subir une contre-offensive hivernale des russes aux abords de Moscou, mais les allemands restaient encore trop fort pour en être réellement affectés. Les troupes allemandes étaient, de plus, renforcées par des contingents venant des pays "amis" (Italie, Roumanie, Hongrie). Ces troupes étaient cependant moins équipées et moins motivées pour l’affrontement que les troupes allemandes. Au printemps 1942, les haut commandement allemand décida avec Hitler de lancer une offensive dans le sud de la Russie. Avec l’arrivée des beaux jours, de grandes manœuvres de chars et plus généralement d’unités mobiles étaient de nouveau possibles. Une puissante poussée fut donc lancer vers le sud, le long des vallées du Don et du Donets, afin de prendre Rostov et Stalingrad, puis d’entrer dans le Caucase pour prendre les précieux champs de pétrole autour de Bakou et de Maïkop. Mais, Hitler, impatient, divisa ses forces en deux et lança deux poussées simultanées, une vers Stalingrad, l’autre vers le Caucase, laissant un vide considérable entre les deux. Les généraux du haut commandement protestèrent mais Hitler n’en eut que faire, renvoyant même deux généraux et prenant le commandement direct du groupe d’armée A chargé de l’offensive. En août 1942, Hitler concentra ses troupes pour prendre la ville de Stalingrad. C’était un important nœud de communication sur la Volga, et une ville industrielle de premier choix. De plus, comme le nom de la ville l’indique, c’était "la" ville de Staline, donc un important symbole du pouvoir soviétique qu’il serait bon de prendre pour doper la propagande. Hitler donna l’ordre à la VIème armée du général Friedrich Paulus de la prendre. Pendant ce temps là, le groupe d’armée B tenait la ligne au nord de la ville, alors que le groupe d’armée A dirigeait la ligne au sud de la ville, avec un écart de 380 km entre les deux armées tenu par une seule division motorisée allemande et quelques troupes alliés peu fiables et sous équipées.
Du coté soviétique, comme nous l’avons vu, c’est Joukov qui est chargé de défendre la ville...et il a les mains libres puisque Staline décide de le laisser libre de gérer la situation. Et Joukov analyse vite et bien ! Il se rend compte que la poussée allemande est très forte vers Stalingradet dans Stalingrad, mais que les flancs de la ville sont dégarnis. Ces flancs sont protégés par des troupes roumaines, hongroises ou italiennes moins bien armées et dévouées que les troupes allemandes. Le plan de Joukov était de tenir et de fixer une grande quantité de troupes allemandes dans Stalingrad, jusqu’au moment où il pourrait rassembler assez de forces pour lancer une contre-attaque. Cette contre-attaque serait une grande manœuvre en tenaille pour encercler les forces nazies dans la ville, manœuvre démarrant au niveau des flancs mal protégés au nord et au sud de la cité.
On se bat pour chaque immeuble dans la ville...
A partir de mi-septembre 1942, la bataille dans Stalingrad commence. La 62ème armée soviétique qui défend la ville s’accroche avec force. Chaque pâté de maison est transformé en bunker, derrière chaque mur se cache un tireur d’élite. La ville devient un immense champ de ruine où l’on en vient même à se battre à l’arme blanche. Les grandes manœuvres de chars qui ont fait la force de l’armée allemande sont impossibles dans cette ville en ruine. La VIème armée, qui aligne onze divisions dont trois blindées, piétine et ne progresse que mètres par mètres. La 62ème armée du rude général Tchouikov se bat avec âpreté. Un soldat allemand, Hoffman, écrit : "Les russes ne sont pas des hommes, mais des créatures de fer ; ils ne sont jamais fatigués et le tir de nos armes ne les effraie pas...". Un autre soldat allemand écrit : "Si nous prenons vingt mètres le matin, les russes nous repoussent à nouveau le soir. Nous passions toutes une journée à nettoyer une rue, d’un bout à l’autre, à établir des barricades et des emplacements de tir à l’endroit le plus avancé et à préparer le boulot pour le lendemain. Mais au petit matin, les russes réapparaissaient à l’autre extrémité et se mettaient à nous tirer dessus, depuis les premières positions dont nous les avions chassés la veille. Il nous fallut quelques temps pour découvrir le stratagème. Ils avaient percé des trous et établi des communications entre les greniers des différentes maisons et, pendant la nuit, ils revenaient, comme des rats, par les toits ou les combles, réoccuper leurs anciens postes et réinstaller leurs mitrailleuses dans une encoignure de terrasse ou derrière les débris d’une cheminée.... Chaque nuit, des bacs russes franchissent la Volga et alimentent en hommes et en munitions les secteurs de la ville encore tenus par l’armée rouge. Des secteurs célèbres de Stalingrad, comme l’usine "Octobre rouge", ou l’usine de tracteurs "Djerdjinski" sont pris par les allemands puis à nouveau réoccupés par les soviétiques. La police politique russe veille et tout soldat russe qui recule est directement jugé coupable de défaitisme et fusillé sur le champ. On estime peut-être à 10000 le nombre de soldats russes morts par les balles de son propre camp. Par exemple, l’attaque d’un silo de blé de la ville devient un calvaire pour les allemands. Dans un carnet de note d’un soldat allemand, on peut lire : "Les commissaires politiques ont donné l’ordre à ces soldats russes de résister jusqu’à la mort. Ils ont d’ailleurs mis le feu au silo. Ce ne sont pas des hommes, mais des diables que ni les flammes ni les balles ne peuvent détruire. Si toutes les maisons de Stalingrad sont défendues de cette façon, aucun de nous ne rentrera en Allemagne...La résistance des russes dans le silo est brisée. A l’intérieur, on a trouvé quarante cadavres russes. La moitié d’entre eux étaient habillés en matelots. Ce sont des diables marins. Nous avons fait seulement un prisonnier. Il est grièvement blessé. Il ne peut parler, ou bien, il fait semblant.
Combats autour de l’usine "octobre rouge"...
Cependant, bâtiments après bâtiments, l’armée rouge est repoussée de la ville et elle ne tient plus que quelques secteurs le long de la Volga en novembre. Mais, cette semi-victoire est énormément couteuse pour les allemands...et pendant ce temps là, Joukov rassemble ses forces en vue d’une contre-attaque à l’extérieur.
La ville de Stalingrad complètement détruite...
Le 19 novembre, Joukov déclencha son attaque. C’est un peu plus d’un million d’hommes et 1000 chars qui frappent au nord et au sud de la ville. Les allemands sont complètement pris par surprise. Hitler ne croyait pas que l’armée rouge était capable d’une telle offensive. Joukov avait parfaitement jugé l’opposition ; toutes les armées roumaines, hongroises et italiennes s’effondrent devant l’avance. Beaucoup de soldats se rendent. Les chars soviétiques effectuèrent des avances rapides, tout comme les allemands leur avaient appris les mois précédents. Après quelques jours, la pince nord et la pince sud de l’attaqua russe font leur jonction à Kalatch. La VIème armée allemande est encerclée dans Stalingrad. Elle aurait pu éventuellement contre-attaquer vers le sud pour tenter de sortir mais Hitler refusa purement et simplement d’abandonner la ville ! Il voulait Stalingrad et décida de laisser Paulus à l’intérieur en attendant qu’un groupe blindé commandé par le général Hoth ne vienne délivrer les forces allemandes encerclées. Goering promet à Hitler que la luftwaffe (armée de l’air allemande) peut ravitailler les troupes encerclées par voie aérienne. Elle doit livrer pas moins de 500 tonnes de ravitaillement par jour...mais en réalité, elle ne pourra en transporter que 100, tout en subissant d’énormes pertes dues à l’aviation soviétique qui mit en place un blocus de la ville. La manœuvre de secours (opération "tempête d’hiver"), commandée par le général Von Manstein et confiée directement au général Hoth, part de Kotelnikovo le 13 décembre 1942. L’opération commence bien pour les allemands qui progressent malgré l’hiver. Mais le 23, l’avance est définitivement bloquée par la Vème armée de choc russe qui s’installe sur les rives de la Michkova pour arrêter l’avance ennemie.
La manœuvre de secours échouée, c’est 250000 soldats allemands qui se retrouvent prisonniers dans Stalingrad. A la fin décembre, ils sont en triste état. Ils manquent de nourriture, de fournitures d’hiver et de fournitures médicales. Ils n’ont plus de munitions. Les soldats allemands commencent à perdre pied dans la ville. Le 8 janvier, la STAVKA propose au général Paulus, qui est toujours dans la ville, de capituler sinon ses troupes seront totalement anéanties. Il refuse. Le 10 janvier 1943, les russes passent à l’offensive pour réduire la poche de Stalingrad (opération "cercle"). Un tir d’artillerie massif écrase la ville. Le 31 janvier, après avoir été fait maréchal, Paulus capitule. Il est condamné pour trahison par Hitler.
La ville de nouveau aux mains des russes...
Stalingrad fut bien le tombeau de l’armée allemande. 147000 soldats allemands sont morts pour tenter de prendre la ville. 91000 sont faits prisonniers...ils n’en reviendra que 5000 (ils seront libérés dans les années 1950). L’allemagne et ses alliés avaient subi un traumatisme sans précédent. L’axe allait passer de l’offensive à la défensive. Du coté russe, et plus généralement du coté allié, l’espoir renaissait. Les troupes allemandes pouvaient être battues. Comme l’a dit Churchill à propos de Stalingrad : "C’est le commencement de la fin pour les nazis...".
Sources : livre intitulé : 50 batailles, de Valmy à Krajina de Tim Newark et livre intitulé : La deuxième guerre mondiale en 8 tomes, librairie Jules Tallandier



