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Dès août 1944 et la destruction d’une grande partie de l’armée allemande sur le front de l’ouest dans la poche de Falaise, Hitler décide qu’il faudra reprendre l’offensive en novembre ! Comment l’Allemagne, cette Allemagne qui s’effondre de toute part va t’elle réussir à trouver les forces pour réunir au moins 20 divisions afin de lancer cette nouvelle opération ?
Pourtant, Goebbels, disposant de tous les moyens, recrute sur le champs et enrôle les hommes. L’âge d’incorporation est abaissé à 16 ans ! Ouvriers, petits boutiquiers, fonctionnaires, étudiants, réformés, détenus de droit commun...tout le monde revêt l’uniforme ! De plus, malgré les bombardements, la production des industries de guerre pulvérise tous les records (l’Allemagne produira plus de chars en 1944 qu’en 1943 !). Début novembre, le Führer dispose de 18 nouvelles divisions à l’ouest.
Et c’est lui, Hitler, qui se charge en personne de planifier cette nouvelle offensive (Même si nominalement, pour l’armée, c’est Von Rundstedt qui dirige). Il choisit la région de "l’Eifel" en allemand, ou Ardenne en Belgique et au Luxembourg. Cette région est la région traditionnelle des invasions allemandes. C’est un secteur faiblement tenu s’allongeant sur près de 700 kilomètres.
Trois armées sont regroupées, deux blindées, une d’infanterie, pour constituer le groupe d’armée B. Il sera commandé par le feld-maréchal Model, attaquant plein d’audace passé mettre dans l’art d’improviser. Les deux armées blindées, la VI° SS et la V° sont commandées respectivement par Dietrich et Manteuffel. Des restes d’unités "paras" sont appelés, ainsi que des commandos aux ordres du fameux Skorzeny. Ils devront, déguisés en soldats américains, prendre des ponts et des carrefours routiers importants, ainsi que semer une belle pagaille dans le dispositif ennemi.
Dans un premier temps, il est prévu une préparation d’artillerie, puis une attaque soudaine de l’infanterie en une douzaine de points. Ensuite, les chars pourront s’engouffrer pour une "Blitzkrieg" des plus classiques. Le premier objectif est d’atteindre la Meuse le plus vite possible. Ensuite, dans un second temps, il s’agira de prendre la région d’Anvers. La XV° armée du général Student appuiera l’opération depuis la Hollande. Hilter espère ensuite couper en deux les armées britanniques, canadiennes et américaines, puis de les détruire une à une. Il espère ainsi pouvoir signer une paix à l’ouest afin de retourner toutes ses troupes contre l’est ! Les généraux allemands trouvent le plan bien trop ambitieux...mais ils n’arrivent à convaincre Hitler de choisir une autre solution. Après quelques retards pour cause de problèmes logistiques, l’offensive est finalement prévue le samedi 16 décembre 1944...Dans ce secteur de 75 kilomètres, six divisions américaines, dont une blindée, se reposent tranquillement en attendant Noël...les services secrets alliés n’ont pas eu connaissance de ce projet.
La longue nuit du 15 décembre est froide et glaciale. 200000 soldats allemands s’apprêtent à lancer la plus grande offensive à l’ouest depuis l’invasion de mai 1940. Les 1250 "paras" montent dans les camions qui les convoient jusqu’aux avions. Pour beaucoup d’entre eux, c’est souvent le premier saut. Les hommes de Skorzeny, vêtus d’uniformes alliés, s’alignent derrière les chars de tête de la 1ere division S.S. de panzers. Vont-ils être fusillés s’ils sont fait prisonniers ? Face à cette énorme concentration d’hommes et de matériels, 80000 américains se reposent, soldats souvent novices ou au contraire fatigués des campagnes précédentes...
A 5h30, l’artillerie allemande ouvre le feu. Puis, après, des centaines de projecteurs s’allument, braqués sur les nuages pour créer une sorte de lumière artificielle. L’infanterie allemande monte à l’assaut...elle doit prendre certains objectifs, mais aussi établir des positions solides à chaque extrémité de la ligne d’attaque pour éviter que les panzers soient attaquer par les forces alliés se trouvant au nord et au sud de la trouée. La première journée est confuse. En effet, les américains, tout d’abord très surpris par l’attaque, se battent avec vigueur. Ils créent par endroit des points fortifiés, sur des collines, des bois, des fermes ! Certes, des centaines de véhicules américains sont capturés, et même un dépôt de carburant à Büllingen. A Saint-Vith, 125 hommes d’une batterie d’observation d’artillerie qui se présentent au carrefour de Malmédy au moment précis de l’arrivée des allemands, sont fait prisonniers. Deux heures plus tard, alors qu’ils attendent dans un champ, des S.S. qui passent par là les arrosent avec leurs mitrailleuses. Certains meurent (86), mais d’autres feigent d’être morts. La nouvelle de ce massacre, qui atteint les lignes américaines par "le téléphone arabe", va renforcer le moral et l’esprit de résistance des soldats des USA.

Les "paras" quand à eux ratent complètement leur assaut. Des vents violents font dériver les avions et les hommes se posent loin les uns des autres. Ils ne sont plus que 350 hommes, manquant de tout ! Les paras voient les unités américaines passées devant eux sans pouvoir intervenir. Finalement, l’ordre est donné de se disperser et de tenter de rejoindre les lignes amies. Par contre, les commandos de Skorzeny amènent une belle pagaille dans les lignes américaines. Ils atteignent même pour certain le pont d’Huy et le garde toute la journée, en racontant de terrifiantes histoires aux unités américaines passant à proximité. Paras et commandos allemands obligent les américains à rester vigilants. Une certaine psychose nait même par endroit. Dans les lignes américaines, on pose des questions-piège sur le classement des diverses équipes de base-ball ou des détails de la vie privée de vedettes de cinéma...ceci afin de démasquer l’ennemi !
Au nord, comme au sud, en ce premier jour, c’est la confusion. Au nord, les allemands perforent la 106ième division américaine et se dirigent vers Saint-Vith, nœud de communication important à prendre. Au centre, l’attaque de la V° armée blindée se traduit par un succès, mais sans ressembler à l’attaque foudroyante prévue. Au sud, l’infanterie et les chars devaient frapper le front de la 28ième division américaine. Ils doivent traverser le Clerf à 10 ou 12 kilomètres plus à l’ouest puis s’emparer de Bastogne. Mais, là aussi, la résistance américaine est acharnée. Holzthum et Consthum, deux villages qui barrent l’accès du Clerf, sont tenus par une position d’artillerie qui ne lache pas prise.
Le 18 décembre, les allemands attaquent Saint-Vith et Bastogne certes, mais les deux villes sont toujours aux mains des américains. Le 19, Hitler est bien obligé d’admettre la réalité...atteindre la Meuse ne sera pas si facile et surtout si rapide.

Du coté américain, il faut pas moins de quatre jours de combats pour que le commandement commence à y voir clair au milieu de la pagaille. Une division blindée est envoyée au nord du dispositif (la 7ième), une au sud (la 10ième) pour renforcer le front. La 101 division aéroportée, très affaiblie par la campagne de Hollande, arrive à Bastogne, alors que la 82ième arrive à proximité de la division "Leibstandarte". L’offensive de Patton contre la Sarre est annulé. Il a l’ordre de faire pivoter son front de 90° pour attaquer du sud. En tout, 60000 hommes et 11000 véhicules sont en route pour renforcer la 1ère armée de Hodges dans l’Ardenne. Même les anglais sont de la partie puisque Montgomery met à disposition au nord un corps d’armée.
Pendant ce temps-là, le 20 décembre, Le 47ième corps blindée du général Lüttwitz encercle Bastogne. Il laisse cependant la ville aux américains et continue vers l’ouest. Il passe alors la rivière Ourthe et ne se trouve plus qu’à 40 kilomètres de la Meuse. La 101ième aéroportée américaine est encerclée à Bastogne ! Plus au nord, une division de panzer est à Houffalize et se prépare sans doute à reprendre sa marche vers l’ouest. Mais, deux problèmes se posent pour les allemands : deux villes résistent toujours (Saint-Vith et Bastogne) et ce sont deux importants nœuds routiers, ensuite, la pénurie de carburant ! Les allemands n’ont pas réussi à se saisir de dépôts alliés et le ravitaillement venant de l’arrière a du mal à s’écouler. Ils tentent alors de demander la rédition de la ville de Bastogne.."Nuts" répondent les américains ! Les américains sont d’ailleurs ravitaillés par les airs. Le 23, la 2ième panzer division qui progresse vers l’ouest arrive tout prêt de Dinant...et donc tout prêt de la Meuse. Manteuffel, estimant que Bastogne reste un "abcès" dans la progression de cette division et qu’il faut coute que coute prendre la ville. Le 25 (super Noël !), les allemands attaquent en force Bastogne. Les paras se serrent une dernière fois la main...mais à la nuit tombée, ils tiennent toujours la ville !
A partir de là, et même si les allemands reprirent l’offensive sur la ville, la bataille des Ardennes étaient perdue pour les allemands. Les armées alliées contre-attaquèrent sur tout le saillant créé et le 28 janvier, toute trace du saillant de l’Ardenne avait disparu. En s’abusant au point de croire que la Wehrmacht était capable en 1944, de renouveler son exploit de 1940, Hitler n’a réussi finalement qu’à hâter le succès de l’offensive soviétique à l’est, et à retarder de quelques semaines celle des alliés.




