C’est autour d’août 1940 que l’on décida de commencer l’étude d’un nouveau char moyen capable de monter un canon de 75 mm en tourelle capable de pivoter sur 360°. Ce nouveau char reçut la désignation T6 et les ingénieurs cherchèrent à employer le plus possible d’éléments déjà utilisés avec le "M3 Lee". L’élimination du canon en casemate sous la tourelle allait donner la possibilité de réduire le volume de la caisse, donc de diminuer le poids ou au contraire de renforcer le blindage avec le poids gagné. Le T6 fut standardisé en septembre 1941 sous la désignation de char moyen M4, mais tous les modèles furent connus de la troupe et du public sous le nom de M4 Sherman, nom du général William Sherman.
Sherman transportant des fantassins US...La bande blanche sur la tourelle indique qu’il s’agit d’un véhicule de commandement.
Le jour de son adoption par l’armée, le Sherman pesait 30 tonnes et était armé du canon de 75 mm M2. La tourelle, un couplage monocoque de forme arrondie, était assistée électriquement et blindée de 76,2 mm maximum en front. Un gyrostabilisateur commandait le pointage de la pièce de 75 mm. La section inférieure de la coque était soudée ; le mode de construction de la section supérieure permettait, dans une certaine mesure, d’identifier les divers modèles. Sur le M4, la section supérieure était soudée ; sur le M4A1, elle était coulée et arrondie. Le blindage des deux coques était de 50,8 mm. Mais cette différence d’assemblage n’aidait à distinguer que le M4 et le M4A1. Les variantes entre modèles principaux de la série M4 venaient, dans la majorité des cas, des différentes installations du groupe propulseur.
Sherman en version DD entouré d’une jupe de flottaison...il possédait deux hélices en arrière de la coque permettant de se mouvoir sur l’eau.
Les autorités mirent les bouchées doubles rapidement pour remplacer les M3 par des Sherman. Les trois géants de l’automobile, General Motors, Ford et Chrysler, ainsi que quelques autres firmes, participèrent plus ou moins directement à la production du Sherman, dont, toutes variantes confondues, on exécuta 49230 unités.
Le premier canon du sherman fut le 75 mm T6, mais l’arme se révéla décevante. Le modèle suivant, le T7,le fut moins et, en mai 1941, la pièce devenait le 75 mm M2. Le problème, c’est que son tube restait relativement court et la vitesse initiale fort peu élevée (564 m/sec). On demanda donc une pièce à plus haute vitesse initiale. Et on l’obtint avec la création du 75 mm T8 adopté en juin 1941 sous la désignation M3. L’arme tirait une munition perforante à la vitesse initiale de 619 m/sec et, en outre, s’adaptait mieux à l’emploi du char. Le 75 mm était donc accepté comme arme standard, mais l’ordnance Departement n’en souhaitait pas moins un meilleur pouvoir perforant. On décida donc d’utiliser le canon de 3 pouces du char lourd M6, en adaptant la culasse du 75 mm au tube de 3 pouces et on obtint une arme des plus satisfaisantes. D’abord désigné 3inT13 puis 76 mm T1, ce canon fut installé sur le Sherman dans le cadre d’un projet lancé en août 1942. Malgré toutes ses promesses, le projet ne trouva guère de partisans et fut abandonné en novembre de la même année. Par la suite, le Sherman reçut quand même le 76 mm, mais, cette fois, sous la tourelle du char moyen expérimental T23. En juillet 1944, la production de chars armés de 76 mm atteignait les 2000 unités, ce qui montre à quel point le complément de puissance de feu était le bienvenu. Et ce, bien que les véhicules équipés du 76 mm aient été déclarés périmés en 1943.
Une autre innovation fut l’emploi de l’obusier de 105 mm. A la fin de l’année 1942, deux M4A4 sont modifiés pour utiliser l’obusier. Après d’autres essais sur un véhicule semblable, l’obusier sur affût M52 fut adopté comme matériel standard. Ces véhicules, construits à 4680 unités, furent livrés aux bataillons blindés pour remplir des missions d’appui-feu.
Sherman M4A3E8 équipé d’un obusier de 105 mm...4600 en furent construits.
Les premiers modèles de Sherman avaient la fâcheuse tendance de prendre feu facilement dès qu’ils étaient touchés par un obus antichar. On pallia tant bien que mal ce défaut en protégeant davantage la réserve de munition. Celle-ci fut entourée dans la section intérieure de la coque d’un mélange d’eau et de glycérine. Différents types de suspensions vinrent améliorer la tenue du char en tout terrain. La suspension originelle du M4 Sherman remontait effectivement au char moyen M2. On finit par mettre au point et incorporer une nouvelle suspension à ressorts hélicoïdaux horizontaux et une chenille de 0,58 mètres. Dès lors, le suffixe "HVSS" s’ajouta souvent aux désignations pour signifier la présence de la nouvelle suspension.
Le Sherman se déclina en de multiples versions et les autorités ont catalogué, pour la seule armée américaine, plus de 50 modèles expérimentaux. Les chars et véhicules de la série M4 furent livrés à de nombreux pays pendant mais aussi après la seconde guerre mondiale. Le Sherman fut fabriqué en plus grand nombre que bien d’autres chars. Certes, certains experts lui trouveront bien des défauts, surtout en comparaison avec leurs homologues allemands tel le "Panther", mais le char rétablissait l’équilibre par sa grande fiabilité, son endurance et le simple poids du nombre. Quarante ans après son apparition, le Sherman servait encore dans de nombreuses armées (Israël, France). Il est à noter que les britanniques les utiliseront à partir de 1943 dans une version "Firefly", une version munie de l’excellent canon de 17 pounder (77mm).
Sherman Firefly VL, un M4A4 réarmé par les britanniques.
Caractéristiques techniques : Type : Char moyen Longueur : 6,27 m Largeur : 2,67 m Hauteur : 3,37 m Blindage : 15 mm minimum, 100 mm maximum Poids : 31,5 tonnes Moteur : Ford GAA V-8 en ligne à essence, refroidi par eau, développant 500 ch à 2600 tr/min Vitesse : 42 km/h maximum sur route Autonomie : 160 km Équipage : 5 hommes Armement : un canon M3 de 75 mm, une mitrailleuse coaxiale de 12,7 mm, deux mitrailleuses de 7,62 mm
Sources : Le multiguide en couleurs des chars de la seconde guerre mondiale de Christopher F. Foss (Bordas) et l’aventure des chars de Stéphane Ferrard (Hachette Collections.



