Panzer VI Tiger

jeudi 22 octobre 2009 par smercier

Pendant les premiers mois de la guerre, les allemands se sont rendu compte que leurs blindés étaient limités face aux défenses antichars sérieuses ou face à certains engins adverses. Par exemple, le Panzer IV comportait quelques lacunes face à son homologue anglais (Matilda) ou français (B1-Bis). De ce fait, des projets sont à l’étude depuis 1937 pour un char mieux blindé, plus lourd et doté du même canon de 75 mm. Cette première étude doit amener à un char autour de 33 tonnes. Porsche, MAN, Daimler-Benz ou Henschel sont donc amenés à plancher sur ces spécifications. Mais Porsche travaille aussi de son coté sur un projet de char, plus lourd que le précédent (jusqu’à 40 tonnes), et basé sur des spécifications issues des expériences des premières années de la guerre. Il semble que Hitler lui même ai participé aux discussions concernant les spécifications du futur blindé. Rapidement, les avancées de cette dernière étude servent de base à Porsche et Henschel pour un nouveau cahier des charges. Cette fois-ci, il s’agit d’intégrer le redoutable canon de 88 mm flak transformé pour servir en tourelle et qui doit être capable de percer 100 mm de blindage à 1500 mètres. L’engin doit peser 45 tonnes au final.

Un Tigre du Schwere SS Panzer Abteilung 101

Avec l’attaque de l’URSS en juin 1941, l’état major se rend compte rapidement de l’urgence pour la demande d’un char lourd capable de surclasser les nouveaux adversaires russes. En effet, le T34 (voir fiche par ailleurs sur le site) se révèle bien plus puissant que ses homologues allemands. En avril 1942, un premier prototype sort des usines. Il dépasse d’environ 10 tonnes les spécifications initiales. Le moteur est un Maybach HL 210, un V12 de 650 chevaux qui donne au char une vitesse maximale de 35 km/h. Le blindage atteint jusqu’à 110 mm à l’avant et de 60 à 80 mm sur les cotés. Trois mois après, la production des préséries est lancée, et le char est désigné Panzerkampfwagen VI Tiger Ausf H, sdKfz 181. La production démarre par 20 exemplaires par mois. En avril 1944 ; elle atteindra 104 exemplaires par mois.

un équipage de Tigre prend un peu de repos...

A son entrée en service, le Tiger est le char le plus puissant existant. Il est également très abouti et avancé technologiquement. Sa caisse est divisée en quatre compartiments bien distincts. A l’arrière, on retrouve le bloc moteur occupant tout l’espace en largeur et en hauteur. Au centre, on retrouve le compartiment de combat. L’avant intègre le poste du mitrailleur de caisse, à droite, et celui du pilote, à gauche. Ces deux derniers espaces sont séparés par l’imposante boite de vitesse. Du fait de cet agencement, la transmission traverse intégralement la caisse. Elle passe sous le compartiment de combat, pour rejoindre à l’extrême avant, au pied du pilote, les délicats mécanismes terminaux de transmission. La transmission du Tiger sera souvent cause de fragilité et demandera à être employée par du personnel qualifié. La tourelle est réalisée d’un seul bloc. Le chargeur canon se situe sur le coté droit du canon. Concernant la suspension, le Tigre possède une suspension à galets imbriqués qui sera également adoptée par les Tigre II et Panther. Ce type de suspension permet une meilleure répartition du poids, ce qui augmente sa souplesse et sa mobilité. Par contre, ce système a pour défaut de faciliter l’agglomération de boue ou de neige entre les galets, ce qui peut provoquer des risques de blocage (également problématique en cas de gel). Chaque train de roulement se compose de 24 galets entourés de caoutchouc. Ils sont propulsés par un barbotin d’entrainement avant. Concernant la propulsion, les premiers exemplaires se verront attribuer le moteur Maybach HL 210, un V12 d 21 litres pour 650 chevaux. Mais vu le poids de l’engin, on le remplace vite par un Maybach HL 230 de 24 litres développent 700 chevaux à 3000 tours/minute. L’air est filtré par un système de préfiltrage installé sur l’arrière de la caisse (prévu pour une utilisation en conditions difficiles comme sur le continent africain...elle disparaitra à partir de 1943). Enfin, le canon adopté sera une reprise de l’excellent canon flak 88. Ce sera le 88 mm KwK 36 L/56 (56 calibres soit une longueur de canon de 56 fois le calibre, soit 4,92m). La dotation du char est de 92 coups. La prise de visée se fait au moyen d’une lunette stéréoscopique (binoculaire) articulée, mobile selon un champ de vison horizontal de 23°. Elle traverse le blindage à gauche du canon et permet de pointer une cible jusqu’à 4000 m grâce à un grossissement de 2,5.

Char Tigre de la 3ième compagnie du Panzer Abteilung 502, dans le secteur de Leningrad

L’objectif de Guderian était initialement de doter chaque Panzer Division d’un bataillon de 59 Tigres. Mais les dotations n’atteindront jamais le quota prévu. Certaines unités de panzer VI ne se verront finalement pas rattachées à une division. Elles formeront des bataillons lourds dépendant d’un commandement supérieur et affectés sur le front au gré des besoins stratégiques. Les bataillons de ce type seront baptisés "Schwere Heeres Panzerabteilung" ou bientôt plus simplement "s. Pz. Abt.". De mai 1942 à mai 1943, 5 bataillons de Tigre seront constitués. Le nouvel engin connait son baptême du feu sur le front de Leningrad en URSS. Ce premier contact avec l’ennemi est un échec et les quatre Tigres sont détruits. Il semble cependant que ce revers tient plus des conditions du terrain et du manque d’expérience des équipages. Il sera bien vite effacé. En janvier 1943, il est envoyé en Afrique, plus précisément en Tunisie. Certes, il y connait des problèmes de boite de vitesse ou de problèmes de jeunesse du moteur, mais il se montre très résistant face aux antichars alliés. Le char commence à détruire ses premiers "Sherman" et les alliés vont sérieusement commencer à connaitre cette adversaire redoutable. Le Tigre va ensuite être employé de manière plus importante dans la bataille de Koursk (voir fiche correspondante sur le sujet). Environ 100 chars Panzer VI sont affectés à l’opération. Là aussi, les débuts du Tigre sont difficiles. Les pertes causées par les défaillances techniques et les mines sont importantes. De plus, les T-34, plus maniables et plus rapides, arrivent parfois à s’approcher du monstre pour l’attaquer de prêt. Ce char connait donc quelques difficultés quand il est utilisé comme outils de percer. Mais, il va se rattraper sur le front de Normandie comme sur le front de l’est quand il est utilisé comme outils défensif. Et ce rôle va être cruciale quand on sait que la Whermacht recule sur l’ensemble des fronts. Par exemple, dans le secteur du lac Ladoga, les Tigres en position défensive sur un sol gelé qui permet de mieux manœuvrer, mettent hors de combat plus de 160 chars adverses. Le Char est coriace et résiste à bon nombre d’impacts d’obus adverses de tout calibre. En Normandie, il fera également beaucoup de dégâts contre les véhicules blindés alliés même si le tigre sera vulnérable aux attaques de l’aviation.

Coté avant gauche de la tourelle d’un Tigre. Au premier plan, le bloc culasse avec derrière lui le panier de réception des déchets de tir (douilles) et les protections installées pour préserver les servants lors du recul. La lunette de tir est visible en partie haute.

Il est dit fréquemment que le tigre vaut 5 Sherman alliés. Quoiqu’il en soit, ce char est redoutable et peut recevoir de nombreuses impacts sans broncher. Il est certes fragile au niveau mécanique et difficile à projeter sur le front. Il est certes assez lent et peu maniable. Mais il reste un des chars ou l’équipage avait le plus de chance de survie. Il est en effet rarement "volatilisé", mais plutôt immobilisé lorsqu’il reçoit un coup au niveau du train de roulement par exemple. Il est souvent récupéré après coup et réparé si possibilité il y a. Ses adversaires seront bien à la peine pour tenter de l’immobiliser. Le Sherman américain, avec son premier canon de 75 mm, ne pourra pas lutter à armes égales. Il sera ensuite équipé d’un canon de 17 pounder (76,2 mm) qui lui permettra de regagner un peu de terrain face au Tigre (version Firefly du Sherman). Le T-34 quant à lui se verra aussi intégrer un canon plus puissant pour lui résister, un 85 mm. Ce canon sera certes dangereux pour les Tigres mais le char allemand restera supérieur d’un point de vue blindage et portée de tir. Finalement, c’est le nombre de chars adverses et la supériorité aérienne des alliés qui viendront à bout de cet engin.

Caractéristiques techniques : Longueur : 8.2 m Largeur : 3.7 m Hauteur : 2.8 m Franchissement : 1,80 m (4 m avec dispositif) Largeur des chenilles de combat : 725 mm Vitesse : 19 km/h en tout terrain, 38 km/h sur route Capacité : 534 litres Consommation : 480 litres au cent en tout terrain, 270 sur route Moteur : Maybach HL 230 P 30, 12 cylindres de 700 ch boite de Vitesse 8 vitesses en marche avant, 4 en marche arrière Armement principal : 8,8 cm 36L/56 de 56 calibres Armement secondaire : 2 MG 34 de 7,92cm, une en caisse, une en tourelle, puis une sur tourelleau Blindage : 100 mm à l’avant, entre 60 et 80 mm sur les cotés, 82 mm à l’arrière Équipage : 5 hommes

Sources : L’aventure des chars de Stéphane Ferrard (Hachette collections) et le magasine Histoire de guerre n°26 (Histo presse)


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