Renault B1-bis

jeudi 5 novembre 2009 par smercier

A partir de 1936, l’Allemagne nazie commence à établir à sa frontière ouest le pendant de la ligne Maginot française, la ligne Siegfried. Pour les français, cela signifie que les allemands copient la solution française, c’est à dire la stratégie de guerre en région fortifiée. Stratégie défensive, la guerre en région fortifiée se veut capable de canaliser l’effort ennemi pour le dissocier et l’amener à sa merci. Dès le départ, l’armée française recherche donc un char de région fortifiée, soit une sorte de casemate mobile fortement blindé et armé qui doit pouvoir intervenir dans les intervalles entre les ouvrages fortifiés. Les premiers projets de chars dits de "forteresse" seront étudiés dès 1920 et le général français Estienne demande que ce nouveau char soit équipé d’un canon de 75 mm puissant capable comme nous l’avons vu de défendre les intervalles, mais aussi d’attaquer la forteresse ennemie principalement par ses embrasures blindées. Le canon en caisse apparait alors comme la meilleure solution car il est placé pratiquement au ras du sol et il peut ainsi tirer de plein fouet sous aucune incidence contre une embrasure qui forme avec le sol un angle de 90°. Le canon en casemate permet aussi, avec des obis explosifs, de créer des monticules de terre devant les embrasures qui pourront aveugler l’ennemi. Les français pensent aussi que la guerre avec l’Allemagne ne commencera pas avant 1940 et qu’il leur sera possible d’attaquer la ligne Siegfried vers 1942. Il leur reste donc entre 6 et 8 ans à partir du milieu des années 30 pour concevoir leur char.

Au départ, on décide que le blindage du futur char devra au moins être de 80 mm sous forte incidence frontale pour obtenir une équivalence d’un blindage de 100 mm. L’armement sera constitué par le meilleur canon antichar français de l’époque, le 47 mm SA 35, et comme nous l’avons vu par le 75 mm en casemate. Le poids du char est fixé à 45 tonnes et le moteur doit être au moins de 450 Cv pour obtenir un rapport poids/puissance de 10 CV la tonne. Trois firmes, FAMH (Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt), FCM (Forges et Chantiers de la Méditerranée) et Renault vont se positionner pour produire des prototypes du char B. Les véhicules blindés furent réalisés de 1929 à 1931 et reçurent la désignation de char B. Le n° 101, produit par Renault, sera retenu et servira de base pour la production de tous les autres (désignation B1). Des premières commandes de B1 sont passées puis, en 1937, des modifications sont apportées sur le blindage et la capacité antichar...cette version sera dénommée B1-bis. Sur ce dernier, l’ensemble de transmission et les réservoirs se plaçaient à l’arrière de la coque et un système à air comprimé complétait, pour le démarrage, le mécanisme électrique habituel. Le train de roulement comprenait, ce chaque coté, six bogies doubles d’acier, parmi lesquels on comptait trois ensembles de quatre roues chacun, suspendus par des ressorts à boudin verticaux et des ressorts à lames semi-elliptiques. S’y ajoutaient trois bogies indépendants à l’avant et un à l’arrière, les ressorts à lames couvrant dans ce cas un quart d’ellipse. Le barbotin se situait à l’arrière et la roue tendeuse à l’avant, cette dernière étant suspendue par compression. Sur le plan ergonomique, le chef de l’équipage (qui compte quatre hommes), se retrouve chef de char, pointeur, chargeur, tireur en tourelle, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. L’opérateur radio était assis prêt de la tourelle. L’équipage accédait à l’engin par une large trappe dans la paroi latérale droite du véhicule.

La France se présentera en mai 1940 avec quatre divisions blindées comptant chacune deux bataillons équipés de 35 chars B1. Ces divisions n’eurent que peu de résultats face aux divisions de panzers allemandes. En effet, le Renault B1-bis n’était pas assez mobile face à ses homologues allemands. Apte à la lutte contre les retranchements, il n’est pas adapté à la Blitzkrieg. De plus, contrairement aux chars allemands qui sont soutenus par l’aviation, les B1-bis se retrouvent sans couverture aérienne. Ils ne disposent pas également du soutien logistique adéquat, qui leur auraient permis de faire rapidement le plein ou de se faire réparer en urgence. De nombreux chars français seront ainsi abandonnés sur le terrain. Enfin, les français ont trop éparpillés leurs chars sur l’ensemble du front au lieu de les regrouper dans des groupes blindés massifs pouvant eux, faire la différence et s’enfoncer rapidement derrière les lignes ennemies. Par contre, le blindage du B1-bis était excellent et capable de résister à tous les canons antichars allemands, à l’exception du fameux 88.

Certain B1 bis seront capturés par la Whermacht qui trouvera le char puissant et solide. Elle ne l’utilisera que pour entrainer ses futurs équipages ou les répartira dans des unités de police. Notons pour conclure que certain perfectionnements du B1-bis amèneront au char B1-ter, que ce char sera plus fortement blindé, qu’il emmènera un mécanicien comme 5ème homme d’équipage et qu’il donnera au canon de 75 mm sous casemate un secteur de tir azimut de 5° de part et d’autre. Ce char B1-ter sera produit à seulement 5 exemplaires et n’aura aucune vie au feu.

Caractéristiques techniques : Équipage : 4 hommes Longueur : 6,37 m Largeur : 2,46 m Hauteur : 2,79 m Masse au combat : 31,5 tonnes Blindage : 60 mm au maximum Armement : un canon SA35 de 47 mm et un obusier ABS 1929 de 75 mm (pointé de +25° à -15° en hauteur), deux mitrailleuses MAC31 de 7,5 mm Munitions : 75 obus de 75 mm, 50 coups de 47 mm Moteur : Renault aviation de six cylindres en ligne de 307 ch (225,8 kW) Suspension : bougies à ressorts horizontaux et verticaux. Vitesse sur route : 25 km/h Autonomie : 130 km

Sources : Magasine Histoire de Guerre n°17 (Histo presse), L’aventure des chars de Stéphane Ferrard (Hachette Collections et Le multiguide en couleur des chars de la 2e guerre mondiale de Christopher F. Foss (Bordas)


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