Renault R-35

jeudi 11 mars 2010 par smercier

En 1934, L’armée de terre française lançait un appel d’offre pour un nouveau char léger qui devait remplacer le bi-places Renault FT-17 datant de la première guerre mondiale. Le nouvel engin devait peser 8 tonnes, avoir un équipage de deux hommes et une vitesse maximale de 20 km/h sur route. Son armement devait consister en deux mitrailleuses de 7,5 mm ou en un canon de 37 mm. Quatre sociétés soumirent des projets, dont La compagnie générale de construction de locomotives, Delaunay-Belleville, FCM et Renault. Le modèle Renault ZM ou R-35 gagna la partie et une commande pour 300 premières unités fut demandée en mai.

Le prototype était armé de deux mitrailleuses jumelées sous tourelle, mais les modèles de série allaient s’en écarter par de nombreux détails. Le train de roulements dérivait d’un autre véhicule Renault, en fait de l’automitrailleuse de reconnaissance 1935 type ZT, déjà déclarée bonne pour le service. On commença à produire pas moins de 1600 à 1900 unités et ce char était le char le plus répandu dans l’armée française en mai 1940. A cette date, les formations de première lignes comptaient 945 chars R-35, parmi lesquels 820 en dotation organique des armées et 135 autres dans la 4ième DCR (Division cuirassée de réserve). Comme ce char était prévu pour soutenir l’infanterie, sa vitesse maximale était faible et il ne pouvait donner qu’une mobilité stratégique réduite.

Comme la plupart des chars français, la coque du Renault R-35 était faite d’éléments coulés, assemblés par boulonnage. Le poste de conduite était vers l’avant, légèrement vers la gauche, avec une écoutille à deux panneaux. La tourelle APX, au centre de la coque, était identique à celle des chars Hotchkiss H-35 et H-39. Le chef de char avait sa coupole, mais il rentrait dans le char par une écoutille arrière, qui, abaissée, pouvait également lui servir de siège lorsque le char n’était pas en action. L’armement principal était constitué par le canon SA 18 de 37 mm, flanqué d’une mitrailleuse coaxiale de 7,5 mm. Le char emportait 30 coups de 37 mm et 2400 coups de 7,5 mm. Les derniers modèles de série montait un autre canon, le 37 mm SA 38. Le moteur se trouvait à l’arrière droit de la caisse, le réservoir d’essence occupant lui la partie gauche. Un pare-feu séparait le moteur de la chambre de combat. Le train de roulement groupait, de chaque coté, cinq roues caoutchoutées, la première indépendante, les autres en deux bogies eux-mêmes montés sur bras oscillants coudés suspendus. La plupart de ces engins emportaient des barres de soutien pouvant se fixer à l’arrière pour accroitre les possibilités du char lors d’un franchissement de tranchée. Le R-35 était dépourvu de radio (sauf sur les derniers exemplaires) et cela était un gros défaut. Avec radio, le chef de bord, déjà débordé par le pourvoyage et le pointage de la pièce, devait également communiquer avec les autres chefs de char.

Un perfectionnement du R-35 amena à l’AMX 40, dont le train de roulement était plus performant et plus sophistiqué. Deux bataillons furent équipés d’AMX 40, qui améliorèrent les performances en tout terrain du char, tout en réduisant sa consommation en terrain lourd de 30%, mais qui n’améliorait pas sa vitesse sur route. Le R-35 faisait également usage de char à fascines. Sur ce modèle, un cadre courait de l’avant à l’arrière de la coque, par dessus la tourelle, permettant le transport d’une fascine qu’on jetait dans les excavations pour en faciliter le franchissement. Certains chars portaient une tourelle coulée ou corroyée qui n’était pas encore mise en service de façon officielle.

Le R-35 n’eut pas la tâche facile pendant la campagne de France de mai à juin 1940. Il était bien trop lent et son canon pas assez puissant pour vraiment rivaliser avec ses homologues allemands. Il avait été conçu comme un char de soutien de l’infanterie, une doctrine datant de la première guerre mondiale et qui n’allait pas du tout s’adapter à la guerre de mouvements de la seconde. De plus, la tourelle du R-35 était trop petite, ce qui faisait qu’un seul homme devait commander le char, charger sa pièce et pointer ensuite. Par contre, ce char était bien protégé avec ses 40 mm de blindage, qui résistait aux tirs des obus de 37 mm tirés par les chars allemands à plus de 300 mètres.

Après la bataille de France, les allemands récupérèrent des R-35 et les assignèrent à diverses missions. Certains furent utilisés comme chars de reconnaissance sur le front de l’est en 1941. D’autres eurent la tourelle démontée pour servir de tracteurs d’artillerie, de chars de secours ou de transporteurs de munitions. Il y eut également une variante antichar 4,7 cm PaK (t) auf GW-R-35, qui était un R-35 dont la tourelle était remplacée par une nouvelle structure découverte, à l’avant de laquelle était monté un canon tchèque de 4,7 cm. Une centaine de ces conversions virent le jour mais elles furent vite périmées. Quelques engins furent équipés d’un obusier de 105 mm, ce qui en fit des 10,5 cm FH 18 GW 35 R. D’autres R-35, enregistrés Mörserträger 35 R devinrent des porte-mortiers de 80 mm.

Caractéristiques techniques : Type : Char léger Longueur : 4,2 m Largeur : 1,85 m Hauteur : 2,37 m Poids : 10 tonnes Pression au sol : 0,67 kg/cm2 Moteur : Renault 4 cylindres à essence de 82 ch à 2200 tr/min Vitesse : 20 km/h sur route Autonomie : 140 km Blindage : 45 mm maximum Équipage : 2 hommes Armement : un canon de 37 mm SA 18, une mitrailleuse coaxiale de 7,5 mm

Source : Le multiguide en couleur des chars de la 2ième guerre mondiale de Christopher F. Foss, éditions Bordas et L’aventure des chars de Stéphane Farrard, éditions Hachette


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