Tirpitz

samedi 27 février 2010 par smercier

Des années durant, le Tirpitz, cuirassé de la Kriegsmarine à la redoutable puissance de feu, fut le cauchemar des responsables des marines alliées. Ils n’eurent de cesse de vouloir en finir avec ce monstre des mers menaçant les convois alliés dans l’Atlantique ou à travers l’Arctique.

Le Tirpitz à son lancement...

Les allemands l’appelèrent Tirpitz en l’honneur du grand amiral allemand qui avait battit la puissante marine allemande d’avant la première guerre mondiale. Sistership du "Bismarck" (c’est à dire construit sur la base des mêmes plans), ce bâtiment fut mis en chantier en octobre 1936 et lancé en 1939. Il commençât ensuite ses essais en février 1941 et il fut mis en service opérationnel en septembre de la même année. Avec ses 8 canons de 380 mm répartis en 4 tourelles double ; le Tirpitz était un des plus gros navires allemands de la seconde guerre mondiale. A cet armement principal s’ajoutait un fort dispositif antiaérien avec pas moins de seize pièces de 105 mm et seize autres de 37 mm. Il disposait également de tubes lance-torpilles et de quatre hydravions Arado Ar 196. Chef-d’œuvre de la technologie navale allemande, le Tirpitz n’en déplaçait pas moins de 45000 à 50000 tonnes à pleine charge, ceci au mépris des traités en vigueur, qui limitait le déplacement des cuirassés à 35000 tonnes.

La carrière du Tirpitz se résuma pour la plupart à proposer une menace constante pour les convois alliés à destination de l’URSS, convois qui passaient par l’Arctique. Bien que peu efficace et mal employé, le Tirpitz constitua une menace constante pour la Royal Navy, qui immobilisa pour l’occasion un nombre important de navires, navires qui auraient pu être utilisés ailleurs. Elle ne resta cependant pas attentiste face à la menace et tenta plusieurs fois de couler le navire allemand. Une des attaques mit en œuvre des torpilles humaines, en octobre 1942, une autres des sous-marins de poche, en septembre 1943. En effet, les anglais ont mis au point à cet effet un sous-marin de poche baptisé "X", où midget-submarine, long de 16 mètres, déplaçant 30 tonnes et pouvant plonger à 90 mètres à la vitesse de 8 nœuds, avec un équipage de 4 hommes. Le plan prévoit que des sous-marins normaux remorqueront 6 "X" jusqu’à l’entrée de l’Altenfjord, le fjord où s’est réfugié le Tirpitz. Là, ceux-ci seront chargés de placer une charge explosive sous la coque du cuirassé, charge dont la mise à feu est retardée pour leur permettre de s’échapper. Dans la nuit du 11 au 12 septembre 1943, les 6 "X" quittent leur base d’Écosse. Durant le voyage, deux mini-sous-marins sont perdus. Le 20 au soir, les 4 restants quittent les sous-marins remorqueurs et cinglent vers le fjord. Finalement, ils ne sont que deux à avoir passé les champs de mines et les filets de protection. A l’aube du 22, un des "X", celui du lieutenant de vaisseau Place se prend dans des filets anti-torpilles et met plus d’une heure à s’en dépêtrer. L’autre "X" du lieutenant de vaisseau Cameron réussit à atteindre son objectif malgré un grenadage en règle car il a été repéré par des vigies. Il réussit à larguer ses charges explosives à proximité immédiate des tourelles du cuirassé avant de se saborder. Les allemands aperçoivent peu après l’autre sous-marin de Place qui a fini par se dégager des filets. A l’issue de cette manœuvre, il fait surface à moins de trente mètres du Tirpitz, replonge, et va heurter la coque du cuirassé. Il largue une charge explosive sous les tourelles avant, puis se déplace de quelques 60 mètres vers l’arrière, et dépose sa deuxième charge explosive. Il tente alors de s’enfuir mais se prend à nouveau dans un filet...trop tard, l’explosion des charges endommage tellement le petit sous-marin qu’il finit par couler. Tout cela a causé une certaine confusion à bord du cuirassé. L’explosion des charges a soulevé le cuirassé d’un bon mètre et projeté un peu partout l’équipage ! Des portes se coincent, l’éclairage se coupe et le navire prend une gite de 5° sur bâbord. Trois des machines principales sont hors service, un gouvernail est faussé et deux tourelles sont bloquées. A peu de frais, les anglais ont réussi à bloquer le Tirpitz pour au moins six mois !

Un mini sous-marins anglais type "X", du même modèle que ceux qui attaquèrent le Tirpitz.

En avril 1944, d’autres attaques des avions de la Fleet Air Arm, l’aéronautique navale britannique auront lieu, mais sans succès. On découvre que les bombes utilisées par les avions embarqués ne sont pas assez puissante pour traverser le pont du cuirasé allemand. Mais ce sera les bombardiers lourds "Lancaster" de la Royal Air Force qui parviendront finalement à couler le grand bâtiment. Ils l’enverront par le fond avec des bombes "Tallboy" de 5500 kg, bombe cette fois-ci de taille à éventer le navire. Malgré l’écran de fumée, 28 Lancaster arriveront à atteindre le navire, près de Trondheim, en Norvège...Une bombe tombera sur le gaillard d’avant, ouvrant le pont supérieur comme une boite de conserve. Pour le réparer, les allemands sont obligés de le ramener plus au sud, dans le fjord de Tromsö. Ils n’ont cependant pas pensé qu’en ramenant le navire plus au sud, il se trouve maintenant à portée des bombardiers lourds de la R.A.F. basée en Écosse. Le 12 novembre 1944, 32 Lancaster de la R.A.F., transportant leurs bombes de 5500 kg, décollent d’Écosse sous le commandement du wing commander Tait. En atteignant la côte norvégienne, ils s’engagent au-dessus de la terre, décrivant un large cercle pour approcher du cuirassé du coté où on les attend le moins. Mais l’alerte a été donnée et les servants des fumigènes et de la DCA du Tirpitz se tiennent prêts. Pas un seul chasseur allemand à l’horizon...et le grand bâtiment est là, 14000 pieds plus bas, longue forme noire ancrée prêt de la côte. Les grosses bombes foncent alors vers le navire et une première le touche au milieu à bâbord. Elle ouvre une brèche dans la coque par où la mer s’engouffre couchant le bâtiment de 30° sur bâbord. Deux autres bombes s’écrasent encore sur l’avant, tandis que la soute à munition arrière saute dans une immense déflagration...C’est la fin ! Le Tirpitz chavire presque immédiatement, entrainant dans la mort pratiquement tout l’équipage. 85 hommes seulement seront sauvés, grâce à un trou découpé dans la coque au chalumeau.

Le Tirpitz aura finalement survécu trois ans de plus que son sistership le Bismarck, mais pour pas grand chose...un destin tragique partagé par de nombreux grands cuirassés, tel le "Bismarck", le "Hood" ou le "Yamato".

Le Tirpitz lors d’essais...superbe tir des tourelles de 380 mm

Caractéristiques techniques : Type : Cuirassé Moteurs : 3 turbines de 138000 chevaux Longueur : 250,50 m Largeur : 36 m Tirant d’eau : 11 m Déplacement : 45000 tonnes Distance franchissable : 16000 km Vitesse : 29 nœuds Équipage : 2530 hommes Blindage : 120 à 200 mm ; 380 mm (ceinture) Armement : 8 canons de 380 mm en 4 tourelles double, 12 de 150 mm, 16 canons de 105 mm antiaériens, 16 de 37 mm antiaérien.

Sources : La deuxième guerre mondiale, tome 7, librairie Jules Tallandier, et une fiche de navire de guerre sur le Tirpitz, éditions Atlas


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