Avant de travailler sur le char D2, l’armée blindée française possède le D1, un char moderne pour son époque mais qui apparait vite comme insuffisamment blindé avec 30 mm maximum de blindage frontale. Le capitaine Degas va donc faire réaliser une version améliorée du char D1, avec un blindage de 40 mm, le Renault D2.
Le premier prototype du D2 produit par Renault est désigné UZ et est essayé entre 1932 et 1933. On en produit également deux autres en 1933 pour former une section expérimentale au sein du 503e régiment de chars de combat. Ce nouveau char Renault D2 est plus volumineux que son prédécesseur le D1 car le poste de radio passe à l’avant du char, avec un membre d’équipage qui s’assoit à coté du pilote du char et pilote la radio et la mitrailleuse...Nous retrouverons cette organisation sur le char "Somua modèle 1935". A l’époque, on est en pleine négociation à Genève pour limiter le poids des chars de combat à 25 tonnes maximum. Or, un tel accord demanderait à renoncer du coté français au char B1 de 28 tonnes. Comme solution de repli, on pense tout naturellement au char Renault D2, avec comme prévision la fabrication de 12 bataillons de chars D2 plus 150 unités en réserve. Mais, le D2 n’a pas que des partisans...On lui reproche une vitesse limitée (23 km/h), une autonomie insuffisante (100 km) et un train de roulement fragile. De plus, le "Somua" des cavaliers semble bien mieux né avec une vitesse, une autonomie et une fabrication par éléments moulés bien supérieures. L’infanterie va donc demander un programme pour un nouveau D2 doté de tous les perfectionnements reprenant certaines caractéristiques techniques du char Somua. Ce programme baptisé "Char de 20 tonnes" est lancé en 1935 et évoluera, sur proposition de Renault en 1936, vers un char dit G1 armé d’un canon de 75 mm en tourelle.

Finalement, les négociations de Genève échouent et la France va construire son char B1...et face à ce dernier, le char Renault D2 fait pâle figure. Cependant, le char B1 est difficile à construire, faute d’un tissu industriel suffisant en France à l’époque. On passe donc commande de 50 chars D2 plus faciles à fabriquer...ils sont produits de 1936 au début de l’année 1937. Ces 50 D2 sont affectés au 19ième bataillon de chars de combat du 507ième RCC commandé par le lieutenant-Colonel Charles de Gaule à partir de 1938.
Le train du D2 à 15 roues par coté adopte des ressorts verticaux toujours protégés par une grande plaque d’acier. De manière classique, le barbotin est à l’arrière, tandis que la roue tendeuse est placée à l’avant. Contrairement au D1, l’engin affiche des performances correctes pour un char "d’infanterie", surtout grâce à son moteur V6 de 9,5 litres développant 150 chevaux. Attention, les performances sont correctes que si l’on se place d’un point de vue "char d’infanterie". La machine emporte une tourelle moulée APX 1 équipée d’un canon antichar de 47 mm SA 34. Cette tourelle est d’ailleurs d’origine capable d’accueillir le 47 mm SA 35 plus puissant. Un certain nombre de D2 seront d’ailleurs réarmés avec ce canon (une vingtaine selon certaines sources). L’équipage se compose d’un chef de char, d’un conducteur et d’un radiotélégraphiste qui peut endosser le rôle d’aide-chargeur.

En mai 1937, une seconde commande prévoit la livraison de 50 nouveaux D2...mais les usines Renault surchargées de commandes repoussent cette demande au printemps 1940. Début 1939, la production du char B prenant toutes les ressources, la seconde commande de D2 semble devoir passer à la trappe, mais les polonais vont la sauver. En effet, la France va accorder en septembre 1936 à la Pologne un prêt d’un milliard de francs pour l’achat d’armements. Les polonais veulent acheter dans un premier temps le char Somua, mais la production de celui-ci est réservée aux cavaliers. Alors, ils se retournent vers le Renault D2. Les 50 chars D2 livrés aux polonais seront armés avec un canon de 37 mm antichars Bofors. Mais avec la défaite de la Pologne en septembre 1939, l’affaire est abandonnée et les chars D2 livrés entre février et juin 1940 équiperont trois compagnies autonomes qui viendront renforcer le 19ième bataillon de chars de combat. A l’armistice en juin 1940, les D2 survivants seront stockés par les allemands...mais ceux-ci ne les utiliseront pas.
Caractéristiques techniques : Longueur : 5,46 m Largeur : 2,22 m Hauteur : 2,66 m Moteur : Renault 6 cylindre essence de 150 CV Vitesse : 23 km/h Autonomie : 100 km Équipage : 3 hommes Armement : 1 canon de 47 mm SA 34 de 400 mètres de portée (ou un canon de 47 mm SA 35 de 600 mètres de portée), une mitrailleuse coaxiale, une mitrailleuse de capot
Sources : L’aventure des chars De Stéphane Ferrard, éditions Hachette Collections et le magasine TnT Hors série n° 5



